Ils pourront voir en photos les trois codex mayas qui, miraculeusement, ont échappé aux bûchers espagnols. Les codex de Dresde, de Madrid et de Paris. Et le codex Grolier ? Je fais partie des sceptiques, de ceux qui doutent de son authenticité.  Et savoir qu'on l'a retrouvé soi-disant dans sa boîte - alors que cette dernière s'est avérée depuis être destinée à contenir des aiguillons de raie pour l'autosacrifice - ne me rassure pas. A quand situe-t-on le début de l'écriture maya ? Les premiers textes linéaires - autrement dit les petites chaînes de glyphes -, sont datés d'environ 400 ans avant J.-C. Le  " monument 1 " retrouvé à El Portón dans le Baja Verapaz est l'exemple le plus ancien. Même si je sais que certains collègues lui attribuent une origine olmèque. Pour ma part, à  juger des quelques glyphes encore lisibles, j'observe que l'un d'eux ressemble déjà beaucoup à celui qui exprime l'idée d'intronisation, traduit par " être assis ". Le monument est malheureusement tellement abîmé qu'il ne reste plus que les deux pieds du personnage. La vérité, c'est que plus on remonte dans le temps et moins l'on est sûr du déchiffrement… Ce monument serait plus ancien que la fresque de San Bartolo découverte en 2003 ? Oui, d'un siècle environ, car la première phase de San Bartolo daterait de 300 ans avant J.C Revenons à la grammaire. Il semblerait que les mayanistes n'arrivent pas encore à distinguer si un verbe est au présent, au futur ou à l'imparfait ? C'est vrai et pour une excellente raison  : le temps n'est pas systématiquement indiqué. C'est tout le paradoxe. Cette écriture est rigoureuse et, tout à la fois, très souple. Elle n'est pas normalisée, au contraire de l'idée qu'on se fait habituellement d'une écriture. Le scribe peut privilégier l'esthétisme au détriment de la compréhension immédiate (en tout cas pour nous…). C'est encore plus évident sur les céramiques où le texte est parfois complètement inintelligible. Le glyphe est là, toujours chargé du pouvoir de l'écrit, mais le contenu de la parole n'est plus. Il devient image. Il y a une grande partie de la céramique où l'on voit de l'écriture, mais qui, de fait, est constituée de pseudoglyphes. Diriez-vous que nous sommes aujourd'hui en mesure de déchiffrer tous les glyphes mayas ? Globalement, nous arrivons à faire une translittération d'une inscription en glyphes mayas. Un peu comme les égyptologues le font avec les hiéroglyphes ou les sumérologues avec le cunéiforme.   Nous sommes en mesure d'obtenir une traduction - ou une hypothèse de traduction - à partir de l'analyse de cette lecture. Reste à résoudre les problèmes - nous l'évoquions à propos des livres du Chilam Balam - des expressions dont nous avons encore du mal à saisir le sens. Ce n'est pas un hasard si l'on essaie de déchiffrer, depuis 150 ans, cette écriture complexe ! Quelles sont les dernières avancées ? Pour les mesurer, il faut faire un petit retour dans le passé. Si l'on se reporte au temps de Thompson, il y a une quarantaine d'années, seules les dates étaient alors déchiffrées. Beaucoup de progrès ont ensuite été réalisés avec Linda Schele. Mais même, à son époque, on ne faisait que paraphraser les inscriptions et pas vraiment les lire. La lecture est devenue plus fine avec la reconstitution progressive du syllabaire jusque dans les années 90.  Elle se poursuit depuis, mais ce n'est qu'à compter de 1995 que nous avons fait un vrai saut qualitatif en nous intéressant, notamment, à la longueur des voyelles. Expliquez-nous… Jusqu'à la fin des années 90, on écrivait tout avec des voyelles courtes. Le doublement des voyelles posait question. S'agissait-il d'une fantaisie de scribe ou bien cela signifiait-il quelque chose ? Nous nous interrogions. Et puis, les linguistes se sont intéressés au sujet. Ils ont cherché à transcrire les mots de façon beaucoup plus performante. En parvenant, par exemple, à distinguer chak (le rouge) de chaak (la pluie). Ou encore kan (quatre), de kaan (serpent) et de ka'an (ciel). Les épigraphistes ont suivi. Cela nous a permis d'établir pour chaque mot, des sens très différents et de lire beaucoup plus finement les glyphes. Sur quoi les mayanistes planchent-ils actuellement ? Nous   ne  manquons  pas  de sujets (rires). Le syllabaire  en fait partie.  Il y a  ce n'est qu'à compter de 1995   que nous avons fait un vrai   saut qualitatif   en nous intéressant, notamment,   à la longueur des voyelles toujours des syllabes pour lesquelles nous n'avons pas de signes. C'est à se demander s'ils existaient. Alors que, pour d'autres syllabes, nous en avons des flopées et que nous continuons à en découvrir de nouveaux. Pour des cases du syllabaire déjà bien remplies. On s'intéresse aussi, c'est un autre exemple de recherche, aux glyphes composés du suffixe " o'om " qui marque possiblement le futur prophétique. Le monde compte combien de spécialistes de l'écriture maya ? Nous sommes une petite centaine. Les plus nombreux, et pour tout dire les leaders, sont les Anglo-saxons. Il est clair qu'en nombre - c'est flagrant dans les congrès - les Français ne font pas le poids. C'est aussi vrai vis-à-vis des Allemands qui maintiennent, avec plusieurs écoles, une tradition depuis le XIXe. Ou des Russes qui suivent les traces de Knorosov depuis les années 50. C'est la raison pour laquelle échanger avec nos collègues étrangers est si important pour nous. Travailler en France sur l'écriture maya tient du parcours du combattant… Combien êtes-vous ? Le tour est vite fait, je suis le seul à occuper un poste. J'ai remplacé Michel Davoust après son départ à la retraite. Heureusement, il y a aussi les élèves. J'enseigne l'écriture maya à l'Institut des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) qui a un département Amérique. Par oriental, il faut comprendre tout ce qui n'est pas occidental… Combien d'années faut-il pour commencer réellement à déchiffrer les glyphes mayas ? Comptez trois ans. C'est d'ailleurs la durée du cursus " Langue et civilisation maya " à l'INALCO.  En général, nous avons une dizaine d'élèves la première année, venant de divers horizons : écoles d'art, linguistique, archéologie (comme ce fut mon cas…). Et nettement moins les deux suivantes. Mais je comprends les étudiants. Apprendre à déchiffrer les glyphes mayas n'a rien de comparable avec l'apprentissage du quechua, la première langue amérindienne. Qui continue d'être parlée de l'Équateur à l'Argentine.  Cela dit, L'Autel  Z de  Copan.  Une illustration  de  ces  cas  assez rares   de glyphes verbaux  avec  marque du futur.  L’indicateur de  date pos- térieure  renvoieà  un  évènement  à  venir  (le nombre indique  ici de  se  déplacer  jusqu’à une  date qui, à l'époque de l'inauguration de l'autel  et  de   son   inscription n'était  pas  encore arrivée).   En l'occurrence :  le  13  Ahau 18  Cumku  qui  correspond à  la  fin  de période (9.17.0.0.0). Photo Jean-Michel Hoppan                       Les glyphes de l’autel Z (détails)                         1 jour et 8 uinals, 1 tun, u-to-ma                         soit uht-o'om " : (cela) arrivera". Photos Jean-Michel Hoppan