Le jeu de balle fait partie des découvertes qui ont étonné, pour ne pas dire émerveillé, les conquistadors. Ils ont d'emblée été séduits par les formidables rebonds de la balle en caoutchouc. Et pourtant, ils vont interdire le jeu qu'ils trouvent extrêmement dangereux… Non, c'est le prétexte ! Enfin, c'est assez probable, car personne ne peut jamais être totalement affirmatif. Mais les Espagnols sont d'abord fascinés par le jeu. Et, plus encore, par le caoutchouc. À l'époque, en Europe, on ne connaît que des balles faites en poils. Le jeu lui-même les amuse, les intéresse. C'est nouveau. Nous avons des dizaines de descriptions qui indiquent que les Espagnols ont apprécié tout simplement ce qu'ils voyaient. Sans comprendre — au début — quelle était la signification religieuse, rituelle, du jeu et ses implications. Au point même que, semble-t-il, ils ont tout à fait toléré que leurs alliés indiens continuent à jouer. C'est progressivement qu'ils ont saisi la signification du jeu avant de l'interdire, sous un prétexte qui est la violence. Laquelle, au passage, ne les a pas gênés pendant 50 ans ! En l'occurrence, les deux civilisations n'étaient pas composées de gens paisibles et doux. Interdire un jeu pour sa violence semble vraiment assez peu probable, dans le contexte de l’époque. Quelle était la signification religieuse, rituelle, du jeu de balle et qu'impliquait-il ? Le but du jeu était la fertilisation du sol. Et ce, par le sang versé sur la terre. Ce prix à payer était — plus ou moins — une responsabilité de l'élite dirigeante qui avait pour mission d'assurer la perpétuation de la fertilité, au sens large du terme. A quand remonte le jeu de balle en Mésoamérique ?  Le plus ancien terrain identifié se trouve sur la côte pacifique du Guatemala. Il daterait d'environ 1200 ans av. J.-C. La pratique du jeu s'est achevée vers 1530. Et après 1530 ? Tout en évoluant, bien sûr, il va continuer à se pratiquer jusqu'à aujourd'hui, mais on ne sait pas s'il y a eu des interruptions. Quand vous avez un témoignage - et un seul - au XVIIe et un autre au XVIIIe, vous manquez sensiblement d'indices. Quelle est la teneur réelle de la continuité ? Nous manquons d'éléments et de preuves… Que sait-on du symbolisme qui était lié à ce jeu ? Il est bien évident d'abord que, sur plus de 3000 ans d'existence, le sens du jeu de balle a changé, son symbolisme a évolué. Le jeu dans le nord du Yucatan n'a sans doute pas le même sens que sur la côte pacifique du Guatemala. Il a également évolué à l'intérieur de mêmes civilisations. Disons que d’après la conjonction de centaines d’indices pointant dans la même direction, le jeu serait associé soit à l’interaction entre le monde terrestre et le monde souterrain que nous appelons l’inframonde, soit franchement à ce dernier. L’inframonde est l’endroit où s’effectue la germination. Après, sur la base de ce point commun, il est bien évident que cela laisse une marge énorme de modifications, de changements, d’évolution et de sens éventuellement différents... Les modalités du jeu sont-elles connues ?  Très mal, mais le fait est qu'elles ont obligatoirement changé avec le temps. Par ailleurs, il n'y a probablement pas un seul jeu, mais plusieurs… Le jeu se jouait uniquement avec les hanches, les coudes et les genoux. Mais comment les joueurs marquaient-ils des points ?  Le décompte des points, vraisemblablement, se faisait plutôt par faute - comme au tennis - et non par point gagné ou but marqué. Quand celui qui devait gagner contre les « forces nocturnes » - en l'occurrence le dirigeant - était effectivement vainqueur, il assurait semble-t-il la germination et la croissance de la végétation. A l'inverse, perdre pouvait être le signe que la fertilité, la prospérité, ne sera pas assurée. Parce que les dirigeants jouaient effectivement ?  Il y a, indéniablement, une responsabilité qui va aux dirigeants. Maintenant, est-ce le dirigeant qui joue ou se fait-il représenter par des joueurs ? Nous ne le savons pas. Et cela, même quand nous avons à notre disposition le récit d'une partie entre l'empereur aztèque  et le roi de Texcoco. Il est dit qu'ils jouent l'un contre l'autre pour des raisons divinatoires. Je pousse peut-être le doute un peu loin, mais rien ne nous permet d'attester qu'ils se sont physiquement opposés. En revanche, il est probable que — pour certains jeux — le dirigeant était impliqué. Notamment lorsque la partie était suivie de la mort de ce dernier, prisonnier d'une cité voisine. Ce qui semble le cas dans quelques sites, comme Tonina. Maintenant, il est tout aussi évident que le dirigeant n'est pas « le seul joueur » par définition et que, avec une implication qui est de l'ordre de la logique et non pas de la certitude, le jeu doit avoir aussi un rôle social. Pour pouvoir jouer, il faut qu'il y ait des joueurs, des gens qui se préparent, qui s'entraînent. Et si le jeu est effectivement suivi de sacrifices — notamment par exemple d'un joueur perdant —, le nombre de joueurs  n'est  pas  «extensible». Donc,  s'il  n' y  avait  pas  un   jeu  « laïc », il  est  presque     Le jeu de balle des Indiens de Mésoamérique Éric Taladoire Docteur en archéologie précolombienne. UMR 8096 Archéologie des Amériques Professeur émérite. Université de Paris 1 (Panthéon Sorbonne) Mésoamérique  NLPhotos NLPhotos Terrain de jeu de balle. L’anneau de pierre apparaît tardivement.  La balle de caoutchouc que se disputaient les joueurs avec les hanches et les coudes peut  traverser l’anneau, mais le poids de celle-ci (plus de 3 kg) laisse malgré tout perplexe les chercheurs.  Le but du jeu    était la fertilisation du sol” © © Hacha (1), palme (2) et joug (2 et 3) sont liés au jeu de balle. Voir pages suivantes        Phototèque A.d’Orval 1  2 3 4 Anneau de pierre      © Art précolombien Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.