Dans vos ouvrages* vous soutenez qu’il n’y avait pas - avant l’an mil - de dieux dans la religion maya. Est-ce un point de vue partagé par les autres chercheurs ? Non, à ce propos mes collègues sont en désaccord et même furieux contre moi. Car ils croient déchiffrer dans des inscriptions antérieures à l’an mil quelques noms, comme Chac ou Itzamná qui prouvent, selon eux, l’existence de divinités. Alors qu’il peut fort bien s’agir de noms nés dans la nuit des temps et qui font référence à des choses différentes. Personnellement, je pense que les  Mayas  de la période classique [ 250 – 950 apr. J-C ] vivaient dans un extraordinaire univers surnaturel, constitué de forces, d’esprits, de lutins et de fées. De mon point de vue, avant l’an mil, il est possible de parler de puissances, mais ce ne sont pas encore des divinités clairement identifiées, comme celles qui apparaissent à la période postclassique  [1000 -1500 apr. J.-C ]  avec des représentations et des personnalités marquées qui jouent un rôle dans le calendrier. Êtes-vous de ceux qui pensent que les Olmèques possédaient l’écriture et qu’ils ont transmis  cette connaissance aux Mayas ? J’ai défendu depuis longtemps que les Mayas étaient les héritiers des Olmèques . Ils étaient en communication et partageaient beaucoup de choses avec eux, comme l’organisation politique et sociale, ainsi que la religion. Leur représentation du monde, du sacrifice et de la guerre était très semblable. Je suis beaucoup plus réservé à l’égard de l’écriture. Car nous ne savons pas. Beaucoup de mes collègues croient voir des signes d’écriture sur des jades gravés, des poteries ou sur des monuments olmèques. Personnellement, je trouve que la preuve manque toujours. Il est possible que les Olmèques aient commencé à écrire. Ils disposaient certainement d’un calendrier, mais pas du « compte long » ? À mon avis, c’est peu probable. Ils ne devaient posséder qu’un « compte court »**. Les premiers balbutiements de calendrier et d’écriture en Mésoamérique ont été mis en évidence et démontrés en Oaxaca vers 500 avant J.-C. Nous constatons aussi une certaine précocité de l’écriture dans les Hautes Terres du Guatemala. Avant que celle-ci passe ensuite aux populations des Basses Terres dans les derniers siècles avant notre ère. C’est pourquoi j’ai des raisons de penser que l’écriture est une invention postérieure aux Olméques. Parce qu’on peut très bien utiliser, de façon courante, des signes conventionnels comme la pluie ou même un masque de monstre terrestre, sans qu’il s’agisse effectivement d’une écriture. Pour qu’elle existe, il faut qu’il y ait articulation…   Là aussi, les chercheurs semblent loin d’être tous d’accord sur la transcription des glyphes… Effectivement. Il y a une majorité d’entre eux, de l’École américaine, qui suit les mêmes principes, les mêmes méthodes de déchiffrement et qui arrive, plus ou moins, aux mêmes résultats. Par ailleurs, il y a nombre de chercheurs - dont je suis -  qui, souvent, contestent leurs transcriptions. Quel est le problème ? Il vient du fait qu’il existe deux sortes de glyphes. Des idéogrammes, autrement dit des glyphes (lire l’interview de  Jean- Michel Hoppan )  qui représentent un concept ou un mot. Et puis des phonogrammes, des signes qui expriment un son. L’écriture maya étant syllabique, il vous faut déchiffrer ces sons, à partir de glyphes disposés soit l’un à côté de l’autre, soit sous forme de blocs glyphiques composés d’un signe principal et d’affixes. Source de difficulté : les langues mayas comprennent beaucoup de monosyllabes. Des mots très courts qui ont énormément de sens différents. Dès lors, en fonction des images ou des personnages situés à proximité des glyphes, la  traduction peut être « tirée » dans un sens ou un autre. Au lieu de reconnaître qu’il y a plusieurs traductions possibles, les épigraphistes vous livrent un texte tout cru, comme s’ils venaient de le lire dans le journal. Alors qu’il vaudrait mieux laisser la porte ouverte à d’autres interprétations… Une question (très) ouverte maintenant. Selon vous, qu’ignore-t-on encore sur les Mayas ? ll est difficile de répondre. Car nous en savons beaucoup, mais il y a énormément d’hypothèses qui sont loin d’être vérifiées. Par exemple l’interprétation des peintures murales  de San Bartolo. Elles sont uniques et datent des derniers siècles avant notre ère. Toutes les interprétations sont possibles et d’égale valeur. Car il est très difficile de se prononcer  sur une peinture dont on ne connaît qu’un exemplaire à cette date.   Certains avancent que la fresque de San Bartolo pourrait évoquer l’histoire des Jumeaux divins,  tel que le rapporte le « livre sacré » des Mayas… Faire un bond de deux millénaires et trouver des correspondances entre ces peintures, découvertes dans les Basses Terres, et le Popol Vuh qui est né dans les Hautes Terres du Guatemala au XVIIe siècle, me paraît extrêmement hasardeux. Maintenant qu’il y ait un fond méso-américain valable pour différentes cultures et qui s’échelonne sur un certain nombre de siècles, il est possible de l’entendre. Mais enfin, c’est comme relier les thèmes du Popol Vuh  aux scènes représentées sur les vases classiques mayas… Rejetez-vous ces correspondances ? Je l’écris à plusieurs reprises dans mes livres. Je ne suis absolument pas  Les Mayas ont inventé l’Histoire Claude-François Baudez Directeur honoraire au CNRS. Archéologue et iconologue. Art précolombien Mésoamérique Claude Joulin Mots clés* Glyphe Peinture murale    sacrifice humain  Olmèque Aztèque Copan (Guatemala). Stèle A © Cliquez ci-dessous        Popol Vuh (dessiné animé en espagnol) * Les textes des mots clés sont rédigés par lemondeprecolombien.com Maya Excentrique Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.