Il s’agit toujours de structures en dalles sèches, sans mortier. De parois uniques. C’est-à-dire qu’on a utilisé la pente et monté des murs de dalles adossés contre l’affleurement rocheux, avant de remblayer pour finir la terrasse. Le tout était couvert d’une toiture formée de gros blocs de basalte. Lorsque la structure est intacte… On a retrouvé une seule fois un système complètement intact. Avec de gros blocs de couverture disposés de manière transversale sur la structure. Pour y accéder, par le haut, et pour éviter d’avoir à les soulever, il y avait une sorte de système de trappe constitué de plus petites dalles amovibles. En dessous, lui correspondait des petites dalles fichées dans la paroi verticale comme des marches d’escalier. Les dimensions ? Ces structures mesurent en moyenne, entre 2 et 4 m², pour 1 et 1,5 m de profondeur. D’où le fait de considérer qu’il s’agissait de tombes ? Oui, sinon - comme je l’ai déjà dit - qu’on y a jamais trouvé de corps, y compris dans les structures non pillées que nous avons progressivement découvertes et qui représentent aujourd’hui un tiers de l’ensemble. S’il s’agissait de tombes, même pillées, on aurait du retrouver des dents et des petits restes d’os humains.  Là, il n’y avait rien. L’hypothèse a donc été éliminée. Et pour les citernes ? On s’est vite rendu compte que ces structures n’étaient pas construites de façon suffisamment soignée pour avoir contenu de l’eau. En l’occurrence, et dans un seul cas, nous avons retrouvé du torchis collé aux parois. Mais il est difficile d’en conclure que c’était systématique. Si l’on peut imaginer que, dans une structure éventrée, le revêtement s’est désagrégé après plusieurs saisons de pluie, il n’y en a pas trace non plus dans les structures encore à l’abri. Bref, nous avons éliminé la possibilité funéraire, la citerne et même l’idée que ces espaces avaient pu servir de dépotoir. Restait la fonction du stockage. L’idée germait avant mon arrivée. Je me suis concentrée sur cette hypothèse pour voir dans quelle mesure le stockage était bien en corrélation avec une forme souterraine. Nous avions alors pour seul référent le stockage au sud-ouest des Etats-Unis où les populations avaient l’habitude de construire à différents niveaux, avec des accès par le haut. Telles les « kivas » de Pueblo Bonito… Plus ou moins, car en réalité les deux systèmes ne sont pas réellement comparables. Et il n’y avait rien d’équivalent au Mexique ? Si le sujet du stockage et de la conservation du surplus (donc du capital) avait mobilisé les chercheurs en Europe, dans les années 80,  en Amérique du sud chez les Incas dans les années 90, en revanche en Mésoamérique la question était peu étudiée, voire pas du tout. Et pour ce que nous en savions alors, la réponse était non. Pour palier ce manque de références bibliographiques, nous avons organisé un colloque international, avec Dominique Michelet et Véronique Darras, afin de réunir les archéologues en charge des plus grands sites du Nord au Plateau central du Mexique. La rencontre a été très instructive puisque nous avons notamment appris que notre cas n’était pas totalement isolé, mais qu’il existait pour la même période, sur le Haut Plateau central, notamment sur le site de Cantona, des aménagements comparables. Ces structures souterraines participaient au système défensif de ce site dans le contexte culturel complexe que l’on connait pour l’Epiclassique. Peut-on parler de silo ? Pas au sens strict. En effet, un silo implique une conservation en milieu hermétique : le produit stocké est maintenu dans un environnement sans air. Dans un silo à grains, le peu d’air présent se consume rapidement : l’activité bactérienne se forme alors autour des grains qui germent et qui finissent par former une croûte qui les maintient dans un milieu sans air, anaérobie. Ce qui permet leur conservation. Dans le cas de nos structures, on n’a jamais réussi à prouver qu’on était en face à une technique de conservation sans air. La technique de construction, elle-même, était trop sommaire pour permettre aux grains d’être conservés dans un milieu anaérobie. Alors est-ce qu’on s’approchait d’une telle technique ? C’est possible, par exemple si les produits sont conservés dans des récipients en céramique. Tout ce qu’on sait, c’est qu’au sens strict de ce terme, ce n’est pas de l’ensilage, et encore moins de la conservation en milieu ventilé comme c’est la tendance aujourd’hui au Mexique central. Par conséquent, on ne sait pas non plus si la technique de conservation semi-aérée était aussi efficace que l’ensilage. Cette question aussi est difficile car les plantes étaient différentes : est-ce que le taux d’humidité du grain était efficace pour une conservation avec peu d’air ? Le climat, lui aussi, pouvait être différent de celui d’aujourd’hui, autant de facteurs difficiles  à maîtriser. Le mystère s’épaissit… Où retrouve-t-on ces structures ? Un peu partout. Isolées ou parmi les habitations. Les seuls endroits où l’on n’en voit pas sont les zones considérées comme cérémonielles. Qu’entendez-vous par isolées ? C’est une notion qui tient compte de l’aspect actuel du site, mais elles pouvaient très bien avoir été aménagées à côté de constructions en bois qui n’ont pas laissé de traces. Pour simplifier, disons que ces structures se trouvaient avant tout parmi les habitats. Sous la maison ou à côté. Sous forme d’un ou deux trous, généralement dans la terrasse. Là c’est typique, car nous sommes sur des terrains pentus. Ils en profitaient pour bâtir ces sortes de caves qu’ils recouvraient de grosses dalles. Vous parliez d’un climat d’insécurité en raison des migrants. Ces structures étaient-elles facilement décelables pour qui passait à proximité ? Je ne veux pas sous-estimée la sagacité des pilleurs, mais tout de même, je   Toiture de dalles "in situ". On  remarquera  que  des  dalles  plus  petites, donc amovibles, disposées transversalement servaient peut-être d'accès  Système de descente à l'intérieur d'une structure souterraine : un marche pied associé à une dalle plantée dans le mur   © Séverine Bortot Disque de basalte retrouvé à plusieurs reprises dans des structures souterraines. Il n'est pas impossible que certains d'entre aient servi de bouchons de jarres       Variété morphologique des jarres retrouvées dans les espaces souterrains Jarre non domestique retrouvée dans un contexte souterrain       Plan d'un espace souterrain situé à proximité d'un espace d'habitat (cas n°2        dans la typologie des espaces souterrains) Plan d'un espace souterrain situé à proximité d'un espace d'habitat (cas n°2 dans la typologie des espaces souterrains) Comment se présentent-elles ? Il y a des traits récurrents et des variations. Parlons d’abord des traits récurrents.  contenus nous ont orientés vers l’hypothèse du stockage et dans le même temps éloignés des autres éventualités. © Séverine Bortot © Séverine Bortot © Séverine Bortot © Séverine Bortot © Séverine Bortot © Séverine Bortot