Commençons par situer géographiquement la culture Tumaco La Tolita... Cette culture précolombienne sud-américaine s'est développée sur la côte équatoriale, dans les Andes du Nord, au sud de la Colombie et au nord de l'Équateur. Pour comprendre le pourquoi de son nom composé, il faut savoir que Tumaco est en Colombie et l'île de La Tolita en Équateur. Il a longtemps été considéré que cette culture n'était pas originaire d'Amérique, mais d'Asie ou d'Afrique, voire d'Égypte. Qu'en est-il exactement ? Ces supputations sont à la hauteur de l'engouement suscité par la culture Tumaco La Tolita et, tout spécialement, la qualité de ses céramiques et de son orfèvrerie. Votre question n'y fait pas référence, mais dans les années 1960-1970, prévalait la théorie selon laquelle sa population venait des côtes mésoaméricaines. C'était aberrant, en termes de faisabilité du voyage, mais bon... En réalité, nous savons aujourd'hui que la culture Tumaco La Tolita provient de la côte centrale de l'Équateur. Il revient à Stirling d'avoir été le premier chercheur à mettre en évidence des objets qu'il a attribué — selon sa propre dénomination — à la phase Tachina, une phase chorreroïde de la côte nord de l'Équateur. Chorreroïde ? C'est-à-dire issue de la culture chorrera qui apparaît antérieurement sous différents faciès dont un dans la région proche d'Esmeraldas. C'est sur cette base que se produit en fin de période formative, entre 1000 et 300 avant notre ère, une sorte de mutation, vraisemblablement artistique et sociale, qui va entraîner l'apparition de ce qu'on appelle la culture Tumaco La Tolita.   Elle se développe à partir de 300 avant J.-C. Quand s'achève-t-elle ? Vers 300 - 400 après J.-C. Dans quel environnement ? Sur des basses terres côtières qui ne nous semblent pas propices aujourd'hui au déplacement terrestre. Non seulement le climat est éprouvant, chaud et humide, mais la côte est très découpée et  marécageuse. Si bien que la voie maritime est plus rapide pour aller d'un point à un autre. Mais il faut compter avec un fort courant de surface qui entraîne tout ce qui flotte vers le nord et des vents dominants ouest-sud-ouest qui viennent de l'océan. C'est la raison pour laquelle les pagayeurs représentés en céramique ont chacun une joue boursouflée. Ils puisaient leur force dans la boule de coca qu'ils mastiquaient lors de leur progression à contre-courant. Quand ils descendaient vers le sud... Exactement. Lorsqu'ils transportaient, notamment, le corps d'un défunt vers l'île nécropole de La Tolita, dans l'estuaire du rio Santiago. C'est le seul endroit où ont été retrouvées des sépultures, avec des richesses importantes directement associées aux défunts. C'est là qu'ils enterraient leurs morts ? En tout cas les personnages les plus importants. Peut-être pour les rassembler, car il était ainsi plus facile de disposer d'un clergé dédié qui accomplissait les rites funéraires et faisait des offrandes quotidiennes. On pense que nombre de ces défunts avaient rang de caciques, mais peut-être également de chamanes. Or l'on sait que ces derniers n'ont pas tous le même statut. Certains sont « bons » c’est à dire bienveillants et bénéfiques, mais  d'autres peuvent être  « maléfiques ». En les enterrant sur une île, bien circonscrite et coupée du monde des vivants par le fleuve, il y avait là peut-être le moyen de neutraliser leur esprit, leur puissance. En leur donnant tout ce qu'ils étaient sensés réclamer d'attention et de prières, sans doute attendait-on, en contrepartie, qu'ils laissent les gens vivre autour tranquillement. On doit d’ailleurs noter que c’est sans doute la première fois où une civilisation de cette aire équatoriale choisit de créer une véritable nécropole pour y réunir  ses principaux personnages. Que faisait-on des autres corps ? C'est une question encore sans réponse précise. À titre d'hypothèse, les hommes du commun, c'est-à-dire les paysans, les artisans et les pêcheurs, étaient peut-être enterrés directement à des endroits variés et épars, sans qu'il y ait un vrai cimetière, un lieu où l'on rassemble des sépultures. Or, pour l'instant, nous n'avons rien trouvé. Il est vrai que vu l'ancienneté et le milieu — extrêmement humide — il y a peu de chance pour que les restes se conservent. Par ailleurs, il y a d'autres façon de faire disparaître les cadavres. On peut les incinérer ou bien – nous sommes au bord de l'océan - les mettre dans une pirogue qu'on laisse emporter par le courant. Hormis l'île de La Tolita, il n'y avait donc aucun autre lieu d'inhumation... On a trouvé des ossements ou des fragments qui peuvent correspondre à l'enterrement d'un individu. Mais je ne connais pas d'archéologue contemporain qui ait trouvé un lieu d'inhumation dans cette région. Il se dit qu'un archéologue, aujourd'hui décédé, en a peut-être découvert un. Mais ce Les richesses de la culture Tumaco La Tolita Jean-François Bouchard Archéologue, directeur de recherches CNRS Université Paris 1 « Archéologie des Amériques. Amérique du Sud Monticule artificiel précolombien éventré à Tierra Firme en bordure du rio  Santiago près de la Tolita  © Jean-François Bouchard       Parmi les autres cultures précolombiennes      d’Équateur...          ...et de Colombie Valdivia Machalilla Jama Coaque Guangala San Agustin Quimbaya Muisca Tairona Chorrera Bahia Mots clés* Sinu Nariño ©            * Les textes des mots-clés sont rédigés par lemondeprecolombien.com Manteña Cliquez ci-dessous Art précolombien Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.