La célébration de l’ensemble   des cérémonies du calendrier cérémoniel   constitue un culte   rendu aux ancêtres mythiques   par leurs descendants qui, en échange   et dans la mesure de la valeur   de leurs offrandes et sacrifices,   espèrent participer de la force vitale   des ancêtres dans un monde réel et dans un monde surnaturel. Le monde réel est peuplé d’êtres humains, le monde surnaturel est habité, d’un coté par des défunts dont les corps sont squelettiques et de l’autre par des êtres mythiques anthropomorphes, zoomorphes et phytomorphes dont les attributs sont les crocs et les serpents. -   Les actions ne sont pas indépendantes les unes des autres, les mêmes personnages y participent et celles qui se suivent dans le temps peuvent figurer dans une scène complexe.    -  La comparaison de l’iconographique mochica avec les iconographies préhispaniques élaborées, dans les différents styles qui depuis le début du premier millénaire avant notre ère se sont développés que ce soit sur la côte ou dans les hautes terres des Andes centrales, a permis de constater que leurs structures sont semblables et les personnages et les actions représentées similaires.    A quoi vous a mené la mise en évidence de la structure des iconographies mochica et centre andines ?            Dans  l’iconographie  mochica  la  double  représentation  des   différentes   actions figurées, qui se jouent à la fois dans un monde mythique et dans un monde réel, laisse penser qu’il existe entre ces deux versions une relation semblable à celle qui relie les mythes, les actes fondateurs des ancêtres, et des rites de leurs descendants qui les réactualisent et donc avec la religion.  Dans ce cas, loin de constituer une encyclopédie des différents aspects de la vie quotidienne, l’iconographie mochica traite donc du sacré. Les iconographies préhispaniques des Andes centrales qui représentent, dans des styles particuliers propres aux différentes régions et époques, les mêmes actions jouées par des personnages similaires ont donc, elles aussi, un caractère sacré et les diverses sociétés qui ont élaboré ces ensembles d’images pratiquaient une même religion, faisaient partie d’une même civilisation. Ceci dit, comme des représentations religieuses peuvent laisser transparaitre certaines informations sur des us et coutumes profanes de ceux qui les ont produites, il est possible de les utiliser pour évoquer certains aspects de leur vie quotidienne. Mais ceci après avoir indiqué leur caractère sacré et rendu compte de leur signification première, du sens et la fonction de leur ensemble. Mais que représentent ces images sacrées ? Pour tenter de percevoir la signification particulière des diverses actions représentées il m’a paru nécessaire de réunir un corpus d’informations sur les mythes et les rites andins. J’ai donc réuni des textes des chroniqueurs de la conquête, des extirpateurs d’idolâtries, des voyageurs et des ethnologues qui traitaient des croyances et des comportement en rapport avec le sacré dans les Andes centrales du XVI ème  siècle à nos jours. La comparaison de ces deux corpus d’informations pouvait éclairer la signification de certaines actions puisque, comme l’avait remarqué Claude Lévi-Strauss  dans son  article « Le serpent au corps rempli de poissons », publié en 1947 : « Comment douter que la clef de l’interprétation de tant de motifs encore hermétiques ne se trouve à notre disposition et immédiatement accessible, dans des mythes et des contes toujours vivants ?  On aurait tort de négliger ces méthodes, où  le  présent  permet  d’accéder au passé.  Elles sont seules susceptibles de nous guider dans un labyrinthe de monstres et de dieux, quand, à défaut d’écriture, le document plastique est incapable de se dépasser lui-même.  En rétablissant les liens entre des régions lointaines, des périodes de l’histoire différentes, et des cultures inégalement développées, elles attestent, éclairent - peut-être, expliqueront un jour - ce vaste état de syncrétisme auquel, pour son malheur, l’américaniste semble toujours condamné à se heurter, dans sa recherche des antécédents historiques de tel ou tel phénomène particulier ». Dans de nombreux articles publiés à partir de 1977 j’ai montré que, systématiquement et sans exception, chacune des actions figurées dans l’iconographie mochica et centre-andine préhispanique pouvait être mise en rapport avec un des rites pratiqué à l’occasion d’une cérémonie dont l’ensemble des célébrations constitue le calendrier cérémoniel inca. Aux séquences actions figurée dans l’iconographie mochica correspond celle des rites incaïques dont les plus importants, sous couvert des fêtes catholiques, sont encore célébrés dans les communautés traditionnelles des Andes centrales. J’ai supposé que les rapports formels entre les actions représentées dans l’iconographie mochica, et plus généralement préhispanique, et les rites du calendrier cérémoniel andin, décrit dans les documents coloniaux et républicains, impliquent des relations au niveau de leurs significations particulières ainsi que du sens des solennités dont ils font partie et la fonction de l’ensemble qu’ils constituent. Une supposition qui semble justifiée dans le cas des sociétés andines qui peuvent être qualifiées, en suivant Lévi-Strauss, de sociétés “froides” dont le mode de production évolue lentement. Dans ce cas, la signification particulière de chaque action figurées dans l’iconographie préhispanique est celle du rite inca qu’elle illustre. Et qu’en est-il du sens et de la fonction du calendrier cérémoniel andin et de ses représentations ?   Le calendrier cérémoniel établit des parallèles entre les cycles des phénomènes naturels, des astres et des saisons, de la reproduction animale et végétale, de la reproduction des hommes et de leurs institutions. Les douze cérémonies, en rapport avec les douze mois du calendrier luni-solaire et celui des taches productives, ont chacune un sens particulier en tant que rites de passage d’un état à l’autre de la vie et de la mort des hommes, de leurs institutions et de leurs environnements. La célébration de l’ensemble des cérémonies du calendrier cérémoniel constitue un culte rendu aux ancêtres mythiques par leurs descendants qui, en échange et dans la mesure de la valeur de leurs offrandes et  sacrifices, espèrent participer de la force vitale ancestrale. De mois en mois et d’année en année, en commémorant les mythes et en réactualisant par les rites les actes fondateurs de l’ordre ancestral, la fonction du calendrier cérémoniel est d’assurer la reproduction sociale. La fonction de l’iconographie qui représente cette institution est, à défaut d’écriture, de la fixer par l’image et de perpétuer avec elle la religion et la civilisation des sociétés préhispaniques dans les Andes centrales. Pouvez-vous nous en dire plus, nous décrire et interpréter chacune des différentes actions figurées dans l’iconographie mochica ? Je sais que mes travaux sont plus connus au Pérou, aux USA, au Canada ou encore en Allemagne, qu’en France. Aussi, si vous permettez que je fasse un peu de propagande pour mon site, vos lecteurs y trouveront toutes les réponses à ces questions. Il leur suffit de faire un petit effort pour lire mes publications.           Parmi les publications en ligne d’Anne-Marie Hocquenghem  Propos recueillis en 2010   Lire aussi les articles d’Anne-Marie Hocquenghem sur www.academia.edu