José Pineda Eventrée par son milieu au nom de la science... Des roches gravées qui restent à étudier et qu’il est urgent de préserver.    Photos José Pineda © © sur les parois des grottes préhistoriques, la forme originale des roches suggère une représentation zoomorphe. Vous pouvez voir, sous certains angles, une épine dorsale de serpent, un œil ou les crocs d’un jaguar. On y distingue aussi,  mais  pas  toujours,  des  pétroglyphes.  Ces  chaos  de  roches,  très  nombreux, sont parfois entourés de tombes. Comme je l’ai déjà dit, la géographie est sacralisée. Une autre anecdote à propos des pierres. On en trouve une, petite et anodine à nos yeux, sous les fresques peintes – désormais les plus complexes de l’iconographie mochica - découvertes récemment sur la Huaca de la Luna.  La pierre est posée sur le sol, juste à la verticale du milieu de la fresque qui la surplombe. Manifestement, cette pierre avait une importance considérable. José Pineda Quevedo montre une nouvelle photo. Ce cliché a été pris au-dessus de la vallée de Moche en 1942. C’est la Huaca de los Reyes. Elle, est bâtie en terre et datée de 1 750 avant J.-C. On y voit une plate-forme, des colonnes, des escaliers… Son plan est presque similaire à tous ceux qu’on relève en fouilles depuis 1970.  Si ce site est parvenu jusqu’à nous en aussi bon état, c’est que tous les temples ou sanctuaires étaient sacralisés à un moment donné. Ensuite, même abandonnés et privés de leur fonction d’origine, ils continuaient à compter. Ils étaient sacrés pour toujours. Ils étaient devenus “Huacas”. Cet exemple montre bien la continuité. Vous parliez de chemins très anciens… Ils partaient de la côte et de la montagne, avant même que l’homme se sédentarise. Ils ont, ensuite, été réaménagés sans arrêt. De même que les canaux d’irrigation étaient déjà très performants au pré-céramique. L’archéologie a tendance à affirmer qu’il y a eu des périodes d’abandon du territoire. Mais cela ne se voit pas, ou très peu, dans l’espace. Au contraire, je constate une continuité dans l’occupation de la vallée et une suite de progrès techniques, plutôt que des ruptures. Je suis convaincu qu’on ne peut pas découper l’histoire de la vallée de Moche en tranches. C’est le même peuple, la même culture qui évolue. C’est flagrant pour les réseaux d’irrigation. Au fil du temps, ils ont été réaménagés pour être chaque fois plus performants dans le but d’étendre la surface cultivée. Sans les canaux, c’est un désert… Les vallées de la côte nord du Pérou sont des oasis au milieu d’un désert. Leur développement tient au perfectionnement du système d’irrigation. Pendant la période mochica, on observe déjà de grands canaux, mais pas toujours en plein désert. Il faut attendre la période dite chimu pour voir de tels canaux, de plus en plus longs, et qui passent d’une vallée à l’autre. Comme c’est le cas pour le canal La Cumbre qui amène l’eau de la vallée du Chicama à la vallée du Moche, pas très loin de la mer. Vous ne semblez pas d’accord avec les affirmations de certains chercheurs… Je parcours la vallée de Moche depuis 1990. Ma thèse de doctorat portait sur la maîtrise du territoire dans cette vallée. Je visais à donner un aperçu différent de l’archéologie. Voyez-vous, l’archéologue travaille à partir des objets et de fouilles très précises, très ponctuelles, qui débouchent sur des travaux qui durent des décennies, car les sites sont immenses. En qualité d’architecte, j’apporte ma vison de l’espace et cette autre vision que procure la photographie aérienne. Je dispose de clichés pris du ciel en 1929, 1942, 1969, 1970, 1981 et, bien sûr, plus récemment. Grâce à ces photos aériennes, je suis l’évolution de la destruction, l’impact des Niños**, mais je vois aussi des formes qui nous échappent au sol. C’est ainsi qu’en 2001, sur une photo couleurs prise en 1970 par les Américains venus secourir les sinistrés du tremblement de terre, une tache rouge a attiré mon attention. J’ai d’abord cru à un défaut du cliché. Mais d’autres images montraient la même tache rouge. Je me suis rendu sur place pour constater que le sol était constellé de  tessons de céramique, pas seulement issus de vases ou de tuiles, mais de ce qui ressemblait à des planches passées au feu et de couleurs rouge. Et en-dessous, il y avait des tombes.  Malheureusement, un récent canal d’irrigation traversait le site et le défigurait, alors qu’il était encore intact en 1970. C’est excusable dans ce cas. Cela l’est beaucoup moins quand voit les lignes, les géoglyphes de Nasca, traversés par la Panamericaine… Savez-vous que ces lignes et géoglyphes ne se trouvent pas qu’à Nazca. Il en existe partout, y compris sur la côte centrale, autour de Lima, et au nord dans la vallée de Moche où l’on peut distinguer des motifs géométriques, notamment des spirales, mais aussi le dessin d’une araignée… J’expose à José Pineda quelques-unes des conclusions des travaux de l’ethnologue Dimitri Karadimas  qui fait référence à une guêpe parasitoïde qui serait – sous une forme anthropomorphisée – une déité majeure mochica. Malgré l’intérêt que je porte à l’iconographie mochica, je suis incapable d’interpréter les dessins qui figurent sur les vases et les parois. Les codes me sont méconnus. Je ne suis donc pas en mesure de donner mon opinion sur ces travaux. En revanche, j’ai déjà observé la lutte entre guêpes et araignées. Jamais sur la côte, mais dans les montagnes. Quand j’étais gamin au Pérou, nous habitions à Cajabamba, à 2600 mètres. C’est là que, lors de promenades, j’ai observé plusieurs fois ces combats. Entre des guêpes bleues, très minces, et des tarentules, grosses comme ma main. La guêpe tournoyait autour l’araignée, avant de la piquer. Ensuite, Il fallait voir la force incroyable de la guêpe tirant la tarentule paralysée jusqu’à son antre, un trou dans le sol… Au moins tous les rochers dont vous parlez n’intéressent pas les pilleurs ! Les pilleurs s’intéressent déjà suffisamment aux objets et ruinent les paysages en laissant derrière eux un nombre infini de cratères. Mais tous comptes faits, ils font beaucoup moins de dégâts que ceux qui arasent aujourd’hui les sites archéologiques. A qui faites-vous allusion ? Avant de venir en France, j’étais directeur du patrimoine préhispanique de la mairie de Lima. Je parle donc en toute connaissance de cause et pointe du doigt les agriculteurs qui étendent chaque année davantage leurs terres dans