Pourquoi vous intéressez-vous tout particulièrement au métal ? Dans l’histoire de toutes les sociétés, la métallurgie d’extraction, et de manière plus singulière celle du métal, a joué un rôle primordial. Non seulement technique et économique, mais éminemment sociopolitique et culturel. Le développement de la métallurgie dans les Andes n’échappe pas au modèle. L’apprentissage du métal par les anciennes sociétés du Pérou dure approximativement 2000 ans, avant de poursuivre son développement fulgurant avec les grandes civilisations étatiques de la Côte nord du Pérou. Mon travail à  Lima , au musée Larco (encadré) et en collaboration avec plusieurs projets archéologiques, consiste à observer, à répertorier et à analyser,  par les moyens de la science des matériaux, les métaux et les alliages qui étaient façonnés par les artisans précolombiens pour tenter de reconstruire l’histoire du développement de la métallurgie dans cette partie du monde. C’est tout simplement passionnant. Vous avez réalisé un long travail de recherche, dans ce même musée, sur la métallurgie précolombienne dans l’ancien Pérou. Quelles conclusions en tirez-vous ? Tout d’abord, que les artisans du métal des sociétés de l’ancien Pérou apprirent à maîtriser de façon totalement indépendante ce matériau singulier pour fabriquer des objets cérémoniels et des parures à la fonction éminemment idéologique et identitaire. En référence au passé de l’Europe et du Moyen-Orient, de nous baser sur la chronologie du néolithique, suivi des âges du cuivre, du bronze et du fer. Or, cette chronologie n’est absolument pas valable en Amérique du Sud où le développement du traitement des métaux a été totalement indépendant et tardif. Contrairement aux autres régions du monde où les premiers objets archéologiques répertoriés sont en cuivre et en bronze, l’or est le premier métal à avoir été façonné par l’homme au Pérou. Des évidences archéologiques de son utilisation apparaissent pour la première fois sur le site de Jiskairumoko, dans la région de Puno. Cette récente découverte  - 2008 - a été faite dans la tombe d’un personnage de haut rang qui portait un collier de perles. Les unes en sodalite, les autres réalisées avec des feuilles d’or martelées et enroulées sur elles-mêmes. Mais l’or ne peut-être daté… Non, le métal, qui est un matériau instable, ne peut être “daté”, mais ce collier a été retrouvé en contexte archéologique et une datation - réalisée par la méthode du Carbone 14 – indique que ce collier, constitué de perles en or, a été déposé dans la tombe vers 2200 environ av. J.-C. C’est aujourd’hui le plus ancien or connu qui aurait été travaillé par l’homme en Amérique du Sud. Hormis l’or, quels autres métaux étaient travaillés ? Principalement l’argent et le cuivre et leurs alliages respectifs Pas le bronze, ni le fer ? Le bronze, qui est un alliage cuivre-étain ou cuivre-arsenic, a été le dernier développé par les cultures andines, et non le premier comme ce fut le cas au Proche-Orient, par exemple. Quant à la métallurgie du fer, amplement développée en Europe et en Afrique, elle n’était pas pratiquée par les Précolombiens. Peut-être parce qu’ils ne sont pas parvenus à atteindre les 1536° C nécessaires à la fusion… Pourquoi peut-être ? Les travaux expérimentaux, effectués par l’équipe d’Izumi Shimada, sur le site archéologique de Batán Grande, un centre métallurgique Lambayeque-Sicán, indiquent que les métallurgistes de cette société de la côte nord du Pérou atteignirent des températures de 1200°C pour élaborer un alliage intentionnel en grande quantité : le bronze arsenical. Peut-être que la technologie du fer n’est pas encore à ce moment là maîtrisée par les métallurgistes précolombiens. Mais d’autres aspects, d’ordre culturel, sont aussi à prendre en considération : le minerai de fer est noir, peu attrayant. Peut-être n’ont-ils pas développés de stratégie ou de procédés adaptés à la métallurgie du fer pour des raisons culturelles, esthétiques par exemple. La guerre n’était pas non plus menée par les sociétés andines sur le modèle de celles de nos sociétés européennes ; les combats illustrés sont principalement reituels, effectués au corps à corps, et l’épée par exemple n’est pas une arme utilisée par les Précolombiens. Donc, il faut être prudent et se replacer dans le contexte culturel des sociétés précolombiennes pour essayer de comprendre leurs logiques de fonctionnement et de développement, qui sont différents de la pensée occidentale. Ces questions délicates restent à approfondir. Néanmois, cela n’empêche pas de considérer le Pérou comme l’un des grands centres métallurgiques du monde. Un berceau de civilisation par excellence où l’apprentissage des arts s’est développé de façon totalement indépendante. En raison des richesses en matériaux précieux…   Effectivement, aujourd’hui encore le Pérou est le premier producteur mondial d’argent et le cinquième producteur d’or. Ils ne manquaient pas de matières premières… Certes, mais ce seul argument ne suffit pas à expliquer le développement  Bandeau en or. Chavín (1200 av.J.-C. – 1 ap. J.-C.). Amérique du Sud De jeunes archéologues témoignent… Archéologue spécialisée en métallurgie andine Les ors et les arts du métal de la côte nord de l’ancien Pérou  Carole Fraresso © ML100541.Musée Larco de Lima. . Art précolombien Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.