Techniques d’emboutissage et de rétreinte. L’allongement de la feuille de métal est réalisé par battage, Boucles d’oreilles décorées de mosaïques en turquoise, chrysocolle, sodalite, nacre et spondylus.  Représentation de l’oiseau-guerrier portant un bouclier, une massue et une fronde. Alliage Tumbaga (Au-Cu-Ag). ML100849 / ML100850. Musée Larco de Lima. © © métallurgique dans cette partie du monde. Il faut prendre en considération le matériau lui-m^mee. Le métal est un matériau singulier de par ses propriétés physique qui sont aussi des propriétés ou des “qualités” d’utillisation dans les sociétés anciennes. Expliquez-nous... De part sa structure particulière, le métal fait partie des matériaux qui permettent le mieux le façonnage. Mais il beaucoup d’autres qualités. Bien poli, par exemple, le métal réfléchit la lumière. Cet éclat - métallique - le distingue de tous les autres matériaux. Les couleurs naturelles de l’or (jaune), de l’argent (blanc), du cuivre (rouge), en font aussi des matériaux privilégiés pour affirmer les goûts esthétiques et forger les symboles identitaires des sociétés. Le métal est  également  très  apprécié pour ses qualités acoustiques. Il sonne, il tinte...S’y ajoutent des propriétés mécaniques de résistance. Le métal ne se brise pas comme la céramique. Il est ductile, c’est-à-dire apte à former des fils, et malléable : il permet de créer des feuilles de métal aux épaisseurs extrêmement minimes. Elles sont majoritairement inférieures à 1 mm dans les sociétés de l’ancien Pérou. Ce qui est absolument remarquable d’un point de vue technique. Sans oublier la propriété d’élasticité du métal. Après avoir subi une pression, le métal reprend sa forme initiale. A l’exemple du petit trombone qu’on a tous manipulé… Pourquoi appréciaient-ils cette élasticité ? Dans les sociétés anciennes, cette propriété pouvait être par exemple recherchée pour la fabrication des armes défensives, comme les casques de guerre. Un casque doit avoir une propriété d’élasticité pour amortir les coups liés aux chocs. Passé un certain seuil de contrainte de charge par compression, nous parlons de déformation irréversible, qui est liée à la propriété de déformation plastique du métal. Cette propriété explique la mise en forme de fines feuilles de métal… Enfin, pour terminer le tour d’horizon des propriétés des métaux, ces derniers - avec les alliages - sont les seuls matériaux inorganiques, comme le verre,  à autoriser le recyclage. En dépit de son apparente profusion, le métal était un matériau précieux et rare, les métallurgistes savaient l’économiser. Les objets brisés, les ratés ou les pièces démodées pouvaient être refondus… C’est une notion importante et toujours à considérer quand on étudie l’artisanat du métal dans les sociétés anciennes. Comment se développe la métallurgie sur la côte nord ? Le travail du métal se manifeste de façon régulière avec la civilisation Chavín qui est la culture métallurgique de l’or par excellence. Ses orfèvres se limitent néanmoins, essentiellement, à la fabrication d’objets en or natif martelé, c’est-à-dire déformé plastiquement. Cet or était principalement alluvial, c’est-à-dire récupéré par orpaillage dans les rivières du nord. Les motifs divins figurent ici selon la technique du repoussé. Une technique parfaitement maîtrisée à partir de 900 av. J.-C. En témoigne cet imposant bandeau de la collection du musée Larco où l’on voit l’être hybride anthropomorphe* avec les crocs du félin, des serres d’oiseau, et la chevelure et la ceinture en forme de serpent. Il se tient debout et porte des bâtons de commandement dans chaque main. A partir de 200 av. J.-C., l’hégémonie Chavín diminue et laisse place à des cultures locales plus ndividualisées. Dès lors, émerge plus au nord, dans la vallée de Piura, les cultures Vicús et Vicús-Mochica qui manifestent un intérêt particulier pour le travail du cuivre et l’exploration des techniques de traitements de surface, comme la dorure et l’argenture. L’introduction du cuivre dans les pratiques métallurgiques de la côte nord du Pérou est une innovation absolument majeure, qui se manifeste avec la culture Vicús et/ou Vicús-Mochica (200 av J.-C.- 200 ap. J.-C.) Qu’apportent les Mochicas ? La civilisation Mochica marque le début de la période d’apogée (1 – 800 ap. J.-C.). C’est, de loin, celle qui va développer - de façon considérable - les activités métallurgiques du nord du Pérou. Les artisans mochicas mettent au point de nouvelles techniques de déformation, telle la « rétreinte » qui permet d’obtenir des formes fermées, comme des sonnailles. Ils s’intéressent aussi la production d’objets coulés, mais nous savons encore peu de choses sur les alliages et les procédés employés pour cette catégorie de techniques. Les techniques de fonderie ne sont néanmoins pas, comme dans l’Altiplano, dominantes. Ils développent aussi de nombreuses techniques de décoration, comme l’enlèvement de matière (ajouré) et l’ajout de matériaux divers pour créer des mosaïques colorées de turquoise, de sodalite, de spondylus ou de nacre*. Ils peignent aussi certains ornements en or avec des oxydes de fer ou du cinabre. Aujourd’hui, dans nos sociétés, il ne nous viendrait pas à l’idée d’aller peindre en rouge un objet en or. La symbolique, liée aux ritules des sacrifices, a de toute évidence une place   majeure   dans  ces   choix…   De  fait,  ils   excellent  dans   toutes  les techniques de déformation. Et ce sont les doreurs incontestables du Pérou précolombien. A ce stade, il nous faut ouvrir une - courte - parenthèse. Sans aborder les aspects complexes, physico-chimiques, propres à la métallurgie, que pouvez-vous nous dire, en quelques mots, des techniques utilisées ? Tout d’abord, et comme nous venons de l’évoquer sommairement, les Précolombiens procédaient par déformation plastique ou par fonderie. en alternance avec des recuits. Un planage final peut également être effectué, afin d’obtenir une surface parfaitement plane et augmenter la ténacité de l’objet. Bien souvent ces deux techniques sont utilisées conjointement, mais l’une prédomine sur l’autre. ©J.Dubos. Cuencos - Récipients cérémoniels en argent. Epoque Impériale (1300-1532 ap. J.-C.) Musée Larco de Lima.