Dans les tombes mochicas , vos recherches portent sur les offrandes d'animaux. Qu'ont-elles de si particulier ? Leur présence n'a jamais fait l'objet d'études approfondies. On a jusqu'ici porté davantage attention au reste du mobilier funéraire et, notamment, aux céramiques, objets en métaux et aux textiles. C'est la raison pour laquelle, dans ma thèse, j'ai cherché à comprendre qu'elle était le symbolisme lié aux treize espèces d'animaux recensées dans les tombes mochicas. De quelles espèces s'agit-il ? Les camélidés - lamas et alpagas - sont les plus nombreux. Ils représentent près de 90 % des restes d’animaux retrouvés dans les tombes. Ce qui, d'ailleurs, pose la question de leur présence sur la côte à l’époque préhispanique, alors qu’ils ont totalement disparu de ce milieu. Les fouilles nous permettent d'affirmer qu'ils y étaient élevés, après avoir été domestiqués dans la montagne. Viennent ensuite les chiens et les cochons d'Inde. La présence d'autres espèces est plus exceptionnelle. Une chauve-souris a été retrouvée, ainsi qu'un rapace nocturne - une chouette ou un hibou - et un petit oiseau, un oedicnème. Il a été enterré dans une niche entre les vases. Des offrandes de perroquets ont également été découvertes à Dos Cabezas. Enfin, des amphisbènes ont été déposés dans des jarres. En quoi ces découvertes sont-elles intéressantes ? Elles nous renseignent sur les pratiques rituelles de l'époque mochica, mais aussi sur l’environnement de l’époque, les animaux qui vivaient sur la côte et ceux qui ont disparu depuis. C'est intéressant par rapport aux problématiques actuelles de changement de climat et d'extinction d'espèces. Lorsque vous les retrouvez, comment ces restes d'animaux se présentent-ils  dans la tombe ? Les Mochicas inhumaient des animaux entiers, parfois déposés en “paquets”. La principale offrande animale est constituée de crânes et d’extrémités de pattes de camélidés, correspondant à des parties pauvres en viande. Nous supposons que le reste du corps était consommé pendant les rites funéraires, après l'inhumation. Cela dit, nous retrouvons aussi des vertèbres, des grils costaux ou des épaules. Des parties qui, elles, sont riches en viande.  Nous ignorons de quelle manière étaient sacrifiés les animaux, car les traces observées sont consécutives à la désarticulation de l’animal et non à sa mise à mort. Heureusement, pour émettre des hypothèses, nous sommes aidés par l’iconographie et les sources ethnographiques et ethnohistoriques.  Par exemple… Grâce aux chroniques espagnoles et, notamment, à un dessin de Guaman Poma daté de 1613, nous savons que les lamas étaient sacrifiés selon la technique de la " ch'illa ". Pour tuer l’animal, l’officiant effectue une incision de 5 à 10 cm au bas du ventre de l'animal. Entaille par laquelle il introduit son bras et arrache le cœur vivant. Cette pratique a perduré dans les Andes. Comme j'ai pu l'observer à Puno, ce rituel est toujours en usage. Il en est de même pour les rites divinatoires. Comme à l'époque préhispanique, il n'est pas rare de voir des chamans (yatiri ou paqo) penchés sur des cœurs ou des poumons qu'ils examinent en vue d'y trouver des taches, des aspérités ou des défauts qui serviront de support à des présages.  Revenons aux offrandes. Sait-on pourquoi les Mochica procédaient ainsi ? Avant d'aborder le pourquoi, un premier constat s'impose. Ces offrandes funéraires n’étaient pas déposées n'importe où et n'importe comment. Par ailleurs, leur contenu n'est pas neutre non plus. Nous retrouvons, par exemple, des extrémités de camélidés disposées dans des niches, en positions inversées. Une patte avant droit avec une patte arrière gauche. Et inversement. Selon une " symétrie en miroir ". Expliquez-nous… La symétrie ne s'effectue pas selon un axe horizontal ou vertical, mais un axe diagonal. Ce concept n'est pas spécifique au Pérou. Claude Levi-Strauss l'a décrit à propos d'autres parties du monde, mais il est très présent dans les Andes. Aujourd'hui encore, certaines communautés andines sont organisées selon un mode dualiste qui renvoie à la vie après la mort. Car pour elles, le monde de la mort est identique à celui des vivants, sinon qu'il est inversé. Les Mochica traduisaient ce même concept dans l'organisation de certaines peintures murales, par exemple à la Huaca de la Luna, mais aussi sur leurs vases où l'on voit des morts et des vivants ensemble. Ou dans la disposition des offrandes déposées dans les tombes d'une manière inverse à la normale.  Art précolombien Amérique du Sud De jeunes archéologues témoignent... Les animaux dans les rites funéraires et les offrandes mochica Nicolas Goepfert Archéologue. U.M.R. 8096 Archéologie des Amériques. U.M.R. 5197 Archéozoologie, histoire des sociétés humaines et des peuplements animaux Tombe 27 de la plate-forme de Uhle. Un oiseau (oedicnème) a été déposé en offrande avec neuf vases  © Nicolas Geopfert. Tombe 46 de la plate-forme de Uhle. Gril costal d’un camélidé déposé dans une calebasse. © Nicolas Goepfert  http://www.youtube.com/watch?v=KJ9yFaAvxpE Pour visionner, sur YouTube, la conférence (en espagnol) donnée par Nicolas Goepfert dans la Salle des Lumières de l’Alliance Française à Lima, en septembre 2010. Dans le cadre de l’Institut Français d’Etudes Andines (IFEA) Partie 1/6  Los Animales y los muertos en la culture Mochica Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.