Quelles limites géographiques fixez-vous à l’Occident mexicain ? Selon la définition la plus souvent acceptée par les archéologues, l’Occident mexicain recouvre les États de Nayarit, Jalisco, Colima et Michoacán.  Le Guerrero ne fait donc pas partie de l’Occident  ? La tendance actuelle est de considérer le Guerrero comme un État de transition, entre ce qui constitue la culture de l’Occident et celle du haut plateau central, notamment au post-classique [après l’an mil de notre ère]. Effectivement, à cette période, le Guerrero constitue la zone de contact entre les Purépechas et  les  Mexicas  [les Aztèques]. Nous pourrions d’ailleurs également évoquer le cas semblable du Guanajuato qui est à l’articulation entre la sphère occidentale et le Mexique central. Mais l’une des grandes civilisations de l’Occident, au post-classique, c’est tout de même celle des Tarasques… Sait-on comment les Tarasques ont pu résister à l’assaut des Aztèques et de leurs alliés ? Les Tarasques avaient une structure sociale axée sur la guerre, comme celle des Mexicas. Tous les hommes étaient d’excellents guerriers. Nous avons désormais des données archéologiques, qui recoupent d’ailleurs assez bien les Chroniques, sur la formation de l’entité tarasque ou plus exactement du royaume tarasque. Car c’est bien un royaume. Sa genèse est l’aboutissement de nombreuses vagues de migration de colons, animés par une mystique militariste. Les Tarasques trouvent leur origine dans les migrations proto-toltèques, c’est-à-dire qui débutent vers 800 apr.J.-C.  De la même façon que le bassin de Mexico recevra plus tard les migrations toltèques, puis aztèques. D’où viennent ces vagues de migration  ? Elles se succèdent sur plusieurs siècles et sont le fait d’agriculteurs implantés dans le nord du Mexique, autour de 600-700 après J.-C. Il s’agit de population post-teotihuacan contraintes de migrer vers le sud, sans doute en raison de longs cycles de sécheresse. Reste-t-il quelque influence de Teotihuacán dans l’architecture tarasque ? Non, en revanche à Ihuatzio, l’on peut voir deux pyramides jumelles comme chez les Aztèques. Sinon, l’architecture tarasque se distingue, comme à Tzintzuntzán, par des pyramides ayant la forme d’une serrure de porte, avec une partie rectangulaire sur laquelle est accolée une structure circulaire. C’est très particulier. Que sait-on aujourd’hui des contacts anciens entre l’Occident mexicain et les grandes civilisations voisines de Mésoamérique ? Cette question rejoint mes travaux qui portent désormais sur le préclassique récent [à partir de 600 ou 500 av. J.-C] et  la culture chupicuaro. Une culture fondamentale,  profondément occidentale, et qui va faire la transition - de par sa position géographique - entre l’Ouest mexicain et le haut plateau central. Chupicuaro  est à la charnière entre deux sphères culturelles qui se sont déve- loppées du préclassique ancien [avant 1000 ans av J.-C] jusqu’au début de notre ère, au moment où Teotihuacan prend son essor. Ces deux sphères fonctionnent de façon assez hermétique, l’une par rapport à l’autre. La première, sous influence olmèque , partage un certain nombre de caractéri-  tiques culturelles avec les peuples de Oaxaca (qui s’appelleront plus tard les Zapotèques  et ceux du haut plateau central, du Guerrero et du Veracruz. La seconde sphère, occidentale, se définit par des traits bien spécifiques : les tombes à puits et des caractéristiques céramiques, dont les vases à anse en étrier. Le fait est que cette sphère occidentale a toujours été considérée comme marginale par rapport à la Mésoamérique. Or, elle est complètement mésoaméricaine. Et puis, nous avons des preuves aujourd’hui que ces deux univers se sont rencontrés.  À travers une frange d’échange où l’on va trouver dans les mêmes sites, et quelquefois dans les mêmes tombes, des objets des deux sphères. Objets qui, d’ailleurs, n’avaient certainement pas les mêmes valeurs symboliques. Géographiquement, comment délimitez-vous cette zone de contact ? Elle compterait le bassin de Mexico, avec des sites comme Tlatilco, Tlapacoya et Cuicuilco pour le préclassique récent, mais aussi le Morelos où l’on trouve des sites olmèques monumentaux et le nord du Guerrero qui se situe sur une zone de frontière. Ensuite, il y a certainement des contacts sur la côte du Guerrero jusqu’au Chiapas et de là avec l’Amérique centrale. …Et avec l’Amérique du Sud ? C’est un tout autre sujet. Jusqu’à présent nous n’avons pas pu étudier ces échanges de façon rationnelle. Car les données ne sont pas fiables sur le plan chronologique. Pour établir la preuve de ces relations, il nous manque des informations bien datées. La seule donnée, réellement objective résulte des travaux de Dorothy Hosler qui portent sur l’introduction de la métallurgie au 8e ou 9e siècle de notre ère Là, les contacts sont prouvés. On a démontré, par des études technologiques portant sur la composition chimique, que certains objets  métalliques  n’étaient pas mésoaméricains, mais  originaires  du Pérou, Des liens de l’Occident mexicain avec la Mésoamérique Brigitte Faugère Docteur en archéologie précolombienne. Maître de conférences à l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) Art précolombien Mésoamérique  Tlatilco Mots clés* Teotihuacan Mezcala Colima A : Nayarit. B : Jalisco. Les Etats mexicains qui constituent “l’Occidente”. Chupicuaro                              Michoacan A l’est : l’Etat du Guerrero C : Colima. D : Michoacan. Cliquez ci-dessous    Jalisco aztèque zapotèque Nayarit  * Les textes des mots-clés sont rédigés par lemondeprecolombien.com Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.