Les Nazca ont succédé aux Paracas. C’est du moins ce que l’on peut lire habituellement à propos des populations précolombiennes de la côte sud du Pérou. Comment s’est effectuée cette transition ? Ce schéma chronologique est relativement ancien puisqu’il a été proposé au cours des années 1925 - 1970. C’est à partir des études des poteries que les archéologues avaient reconnu une transition stylistique et culturelle de Paracas à Nazca, souvent sans preuves archéologiques. Depuis, les recherches de terrain et de nouvelles méthodologies ont remis en cause la théorie d’une simple transition de la culture Paracas à Nazca. Aujourd’hui, la question des liens chronologiques, culturels et géographiques entre ce que les archéologues appellent « Paracas » et « Nazca » est un véritable sujet d’actualité. Qu’est-ce qui caractérise ces deux cultures ? Les archéologues tiennent compte essentiellement des registres céramique et textile. Beaucoup moins de l’architecture, des coutumes funéraires et d’autres traditions culturelles, même si les récentes recherches tendent à inverser la tendance. Sur le plan céramique, les choses sont claires. Le style Paracas est caractérisé par des céramiques incisées et peintes après cuisson. Tandis que le style Nazca est illustré par des poteries polychromes peintes avant cuisson. L’iconographie est aussi différente malgré certains éléments partagés. Quant aux textiles, le débat est des plus animés. Julio César Tello avait nommé Paracas-Necrópolis les vestiges mis au jour dans la péninsule de Paracas pour les distinguer de ceux qu’il appelait Paracas-Cavernas. Or, les tissus de Necrópolis présentent, d’un point de vue iconographie notamment, de telles similitudes avec les poteries nazcas, que de nombreuses questions peuvent être soulevées. Par exemple : ces tissus n’ont-ils pas été confectionnés par les mêmes populations que celles qui ont manufacturé les poteries nazcas ? Et dans ce cas, les différences entre les deux supports ne sont-elles pas chronologiques, plutôt que culturelles ? Et Ocucaje ? Ocucaje est le nom d’un bassin de la vallée d’Ica. Dans les années 50, des chercheurs de l’Université de Californie de Berkeley ont étudié les poteries qui provenaient des sites de cette région à partir desquelles ils ont établi une séquence des poteries paracas.  L’appellation « Ocucaje » lui a été donnée par ces chercheurs afin de la distinguer de la séquence de Tello. Les huit premières phases de la séquence présentent des caractéristiques chavín, surtout dans le registre iconographique, tandis que les deux dernières, contemporaines de celles que Tello avait appelées « Cavernas » et « Necrópolis », entrent dans la période que les archéologues appellent traditionnellement « la période de transition » à laquelle doit aussi être ajoutée la phase dite « nazca 1 » et les phases reconnues de la culture Topará. Comment se manifeste Chavín sur la côte sud ? Sur les céramiques, on retrouve notamment une iconographie directement inspirée de chavín et très similaire par la présence, notamment, du félin avec des crocs. En revanche, les contextes n’ont pas, à l’heure actuelle, révélé de sculptures similaires à celles de Chavín de Huántar ou une architecture publique apparentée. Selon les datations au carbone 14 les plus récentes, cette période où l’impact chavín est visible sur la côte sud se situe entre 850 et 200 avant J.-C., soit avant les sépultures des Cavernas et de Necrópolis dans la péninsule. Des textiles peints de motifs chavín ont aussi été trouvés dans les tombes sur la côte sud, ce qui tend à démontrer encore l’intégration, par les populations de cette côte, du culte chavín. Le problème, c’est que la plupart de ces tissus proviennent de pillages et l’on ignore ainsi tout de leur contexte d’enfouissement et de leurs associations avec d’autres matériels, comme les poteries.   Sait-on au moins d’où viennent ces tissus peints ? La plupart sont dits provenir de Carhua, un grand cimetière situé sur la côte, juste au sud de la péninsule de Paracas. Les textiles peints dont vous parlez sont antérieurs aux tissus brodés… Oui, l’iconographie nous induit à reconnaître leur antériorité.  Comment se présentent les tout premiers tissus ? Les premiers tissus —  beaucoup plus anciens que la céramique au Pérou — sont décorés selon les techniques structurales. Ce sont essentiellement des gazes. Il faut avoir en tête que toutes les techniques textiles ont été inventées, expérimentées, bien avant l’époque dite de transition Paracas-Nazca. Ensuite, c’est une question de préférence. Certaines cultures ont privilégié telle ou telle technique de décoration, sans doute en fonction des structures sociopolitiques et culturelles. Malgré toute l’attention portée aux céramiques, la compréhension de la société préhispanique passe aussi par le tissu. Par exemple, les textiles peints chavín, comme d’autres chercheurs l’ont dit, ont pu servir à diffuser ce culte…   De Paracas à Nazca* : problématiques d’une « transition » Vanessa Tinteroff Gil Docteur en archéologie de l’Université Paris Sorbonne (Paris IV) Amérique du Sud De jeunes archéologues témoignent… Paracas Nazca Jgz Récifs et côtes désertiques             © Mots clés Cliquez ci-dessous Sait-on le pourquoi de ces tissus peints ? Comparé à la pierre ou à la céramique, le tissu est le produit mobile par excel- Petit bol paracas à l’image d’un scolopendre © CGB Art précolombien Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.