lence puisqu’on le transporte  aisément et qu’on le porte sur soi.  Autre avan- tage : il permet de véhiculer toute une iconographie.  Il n’est qu’à voir  aujour- d’hui dans les Andes comment il sert à distinguer, par des motifs très codifiés codifiés, l’appartenance  à  un  groupe  en  particulier.  Au  temps  des  Incas, les tissus étaient investis d’une valeur particulière. Ils  ne  servaien t pas qu’à s’habiller, mais constituaient une part importante du tribut qu’on réclamait aux vaincus. Compte tenu de l’importance du tissage à cette époque, il  est diffici- le d’expliquer le rôle des tissus peints. Je pense qu’ils ont été utilisés comme outils  de  « propagande »,  comme  moyen  simple  et  rapide  de diffuser un culte.  Il  est  plus  rapide  de  peindre  un motif sur tissu que de le tisser. Les tissus peints devaient  aussi être utilisés lorsque, pour asseoir leurs pouvoirs, les dirigeants préféraient que les énergies soient  concentré  concentrées sur autre chose que le tissage, par exemple la construction d’édifices. Les tissus peints vecteurs de la religion… Les  archéologues  qui  travaillent  sur la période préhispanique n’aiment pas employer le terme de religion. Ils préfèrent utiliser celui de culte. Parce que le terme de religion a tellement de poids chez nous. C’est un problème termino- ogique… Un culte commun en l’occurrence… Tello,  le  premier, a  développé  l’idée que toutes les civilisations préhispani- ques du Pérou avaient un fonds général commun. A l’origine, il y avait selon Tello la civilisation « matrice » de Chavín.  On sait depuis qu’il existait, bien avant Chavín, de « grandes civilisations »… De « grandes civilisations », lesquelles ? Notamment celle dont le site de Caral, avec ses nombreux temples construits il y a environ 5000 ans, est le témoignage. Et sur la côte sud ? Nous n’avons pas découvert d’établissements de ce type avant la période dite de « transition » Paracas-Nazca. Dans quel domaine vous êtes-vous particulièrement investie ? J’ai  beaucoup  travaillé  sur les tissus de Necropolis, le deuxième  cimetière découvert par Tello à Paracas. Ici, les paquets funéraires  ont  été  retrouvés dans d’anciennes maisons à des profondeurs de 2,50 à 4 mètres.  On  parle de maisons, a priori souterraines, parce qu’elles se trouvent  sous  le  niveau du sable. Mais il s’agit peut-être de silos ou d’abris temporaires.  C’est  cette découverte  qui  a  généré  la problématique de la transition  Paracas-Nazca. Parce qu’on y trouve réunis dans un même paquet funéraire —  ce que  nous appelons les fardos —  des tissus aux iconographies et techniques des deux cultures.  Donc, il y a un grand débat, depuis maintenant un siècle quasiment  quasiment - autour de cette question : qui  étaient  ces gens ?   Étaient-ils de culture Paracas ou Nazca ? Parce qu’on retrouve dans les mêmes tombes les deux types de textiles !  Comment se présentent ces « paquets funéraires » ? Ils contiennent un mort en position fœtale assise enveloppé dans des tissus et avec des offrandes diverses. Certains paquets mesurent 1,20 m  de haut. La plupart de ces fardos sont individuels, mais y on trouve parfois deux per- sonnes. Pas forcément un adulte et un enfant, mais cela peut arriver.  Comment définiriez-vous, en quelques mots, l’iconographie des tissus paracas ? Les   tissus   Paracas  se  distinguent essentiellement par un style linéaire  et géométrique.  En  comparaison,  le  style nazca est plus « naturaliste »,  avec beaucoup   de   courbes, spécialement   dans ses premières phases, à savoir jusqu’au troisième siècle de notre ère.  Le  style  Paracas est donc, comme je l’ai  dit, assez  géométrique, avec  des  figures  de  serpents, des contours en dents de scie, des enchevêtrements… Qu’on ne retrouve pas sur les tissus nazca… Les tissus dits Nazca présentent une iconographie différente, avec beaucoup plus de personnages. Une grande diversité de décors, des êtres composites anthropozoomorphes qui portent parfois des ailes ou des pieds en forme de pattes  de  rapace. Ou  bien  anthropomorphes  avec des masques  buccaux, des  boucles  d’oreille,  un  pagne, une tunique,  des  diadèmes en or…  Ces personnages  que  l’on dit  mythologiques ont des espèces d’appendices qui sortent de la tête, des pieds et des hanches. Des extensions en forme de serpent. Ce sont des êtres imaginaires… On ne sait pas s’il s’agit de divinités ou d’humains déguisés. Des chercheurs émettent l’idée que ce sont des chamanes. Pour  en  être  certain,  il faudrait qu’on retrouve les costumes. Au-delà des manteaux de plumes ou des peaux de renards portés en coiffe qui ont déjà été exhumés. Vous ne parlez pas des têtes coupées… Vous avez raison. Elles commencent à apparaître sur la céramique Paracas, à  partir  de Ocucaje  8 et 9. Et aussi, un peu, sur  les  textiles, mais le grand développement va de pair avec les textiles de Necrópolis, dits nazca. …dits nazcas ?  Oui, pour ma part, j’attribue les tissus de style « en aires de couleurs »** de ce site aux populations de culture nazca. Ils datent de quelle période ? Là aussi il y a de grands débats. En chronologie, il  est  difficile  de se mettre d’accord. Ces divergences viennent du fait que les datations radiophysiques, tel le carbone 14, demeurent imprécises et que nous  n’avons pas  assez  de datations pour mieux établir la fourchette chronologique. Toutefois, à partir de ce que j’ai pu analyser personnellement, je situe les tissus nazcas de Necrópolis entre 100 avant et 100 après Jésus-Christ. Bref, les scientifiques ne comprennent pas pourquoi ces deux types de tissus et ces deux iconographies se trouvent sur le même site ? Oui, pourquoi ils sont ensemble, étant donné leurs différences stylistiques. La question est donc de savoir, notamment, si ces tissus ont été produits par les mêmes   communautés   culturelles   ou   par   des  communautés  culturelles distinctes à des époques différentes ou bien à la même époque. Des tissus ont été enterrés, puis les générations suivantes en ont ajouté d’autres, tout simplement… C’est  une  théorie  qui a déjà été développée. Tello, en particulier, lorsqu’il  a    Iles Balestas. Le courant froid de Humbolt explique la présence des otaries et lions de mer sur la côte sud du Pérou. ©  Photo CLBR Bols et vase nazca. La présence de têtes trophées (à droite) est fréquente sur les céramiques © Photothèque A. d’Orval Aujourd’hui comme hier, un sol peu propice à l’agriculture et cependant...© Photo CLBR Ce  motif  “proliférant”, de fin de période nazca, est éloigné sur le plan du dessin de la phase initiale ca- ractérisée par son naturalisme (colibris, poissons...) © Photo CR