Vous connaissez bien les milliers d’objets précolombiens qui font partie des collections françaises. Aujourd’hui, 900 d’entre eux sont exposés au musée du Quai Branly. Selon quels critères ont-ils été choisis ? Pour présenter le monde précolombien au musée du Quai Branly, chaque vitrine ou chaque groupe de vitrines ne renferme que les pièces majeures d’une même civilisation. Pour la côte du Golfe, nous nous sommes attachés à montrer les objets liés au jeu de balle . Pour le Pérou, pour lequel nous disposions de très peu de place, les civilisations sont présentées par ordre chronologique. Cela se traduit, il est vrai, par une accumulation de céramiques, mais l’idée était  d’aller, comme lorsqu’on tourne les pages d’une encyclopédie, du style le plus ancien, celui de Chavín, au plus récent, celui des Incas. En l’occurrence, je fais allusion à une vitrine bien spécifique : celle qui renferme tous les vases péruviens et qui demande à être « lue » par colonnes verticales. Cela dit, comparées aux vitrines du musée de l’Homme, dans les années 60, celles du musée du Quai Branly sont aérées… N’aurait-il pas été plus simple de présenter un objet par culture ? C’était l’autre option. Elle pouvait se justifier par l’étroitesse des vitrines, mais nous avons préféré faire ressortir le style d’une culture à partir de plusieurs objets. J’espère que, devant ces séries, les visiteurs remarquent que les Nazcas utilisaient telles couleurs et telles formes, alors que les  Mochicas  en préféraient d’autres. Il y a une autre raison à cette présentation à but pédagogique. Je souhaitais que les étudiants en art précolombien puissent avoir des repères visuels. Des repères qu’ils n’ont pas en cours, puisque nous leur présentons des photos d’objets et non pas les objets eux-mêmes, même si cela commence à changer… D’où proviennent tous ces objets ? Essentiellement du musée de l’Homme, à l’exception de quelques-uns qui ont été achetés pour combler les lacunes des collections à l’occasion de la création du musée du Quai Branly. C’est le cas de l’excentrique maya, des rames Ica ou de quelques nouvelles tuniques de plumes. Que sait-on de l’histoire des collections préhispaniques du musée de l’Homme ? La grande majorité d’entre elles sont en France depuis le XIXe siècle. Elles proviennent de diverses sources.  Certaines sont le fait de voyageurs qui ont rapporté des objets avant d’en faire don au musée. D’autres sont le fruit de missions officielles du Ministère de l’Instruction publique. Il s’agissait alors de collecter des objets sur le terrain avec des méthodes, il est vrai, assez peu scientifiques. Ainsi, la plupart des pièces péruviennes proviennent de cimetières, sans aucun plan, ni aucune information sur leur contexte archéologique. C’est peu dire que notre connaissance sur ces objets est limitée. À ces collections anciennes, issues de missions, de dons et de legs, s’ajoutent quelques achats, comme ceux dont je viens de parler. Cela dit, jamais le Musée de l’Homme n’a eu de budgets conséquents… Pourquoi la collection aztèque prédomine-t-elle dans l’exposition ? Il se trouve que nous avons eu la possibilité de faire étudier la collection par un grand spécialiste des Aztèques , Leonardo López Luján. Par ailleurs, c’est une collection fort bien documentée et parmi les meilleures d’Europe. Pour en revenir aux critères de sélection des objets, quelle a été la part de l’esthétique ? L’esthétique n’a pas été privilégiée, mais elle n’a pas non plus été négligée. Nous avons cherché à être avant tout didactiques, au risque d’être ennuyeux… À bien regarder les objets exposés, nous avons repris nombre des pièces qui étaient déjà présentées au musée de l’Homme. Je regrette, pour ma part, que les meilleures d’entre elles figurent au Pavillon des Sessions. Car, de ce fait, l’image que nous donnons de l’art précolombien au musée du Quai Branly est appauvrie par rapport à l’intérêt réel de la collection. Qu’est devenue la momie péruvienne qui effrayait tant, dans les années 60, les jeunes visiteurs du musée de l’Homme ? Le musée du Quai Branly n’expose pas de restes humains, par respect pour les descendants amérindiens de ces défunts. C’est un parti pris déontologique. De même qu’il n’est plus présenté de têtes réduites. J’ajoute qu’une pièce sera bientôt dédiée aux restes humains dans les réserves du musée. Qui dit réserves dit aussi trésors… N’y a-t-il pas quelques objets fabuleux non encore exposés ? Les plus beaux objets sont déjà dans les vitrines. Si vous alliez dans les réserves, vous trouveriez des centaines de poteries, une belle collection de métal  vicús  et des collections très disparates. Mais votre question m’amène à vous faire part d’un commentaire. Je suis surprise de la façon dont on décrète que tel ou tel objet est un chef-d’œuvre. Aujourd’hui, il suffit qu’un objet soit largement reproduit dans les ouvrages pour qu’il sorte soudain de l’anonymat. et ce parce que notre œil s’est habitué à lui… Quant aux trésors précolombiens  que  vous imaginez cachés, ils sont au Louvre, au Pavillon des Sessions, dans  Les collections précolombiennes au musée du Quai Branly Marie-France Fauvet-Berthelot Docteur en préhistoire. Responsable des collections américaines du musée de l’Homme de 1982 à 1987, puis du musée de l’Homme et du musée du Quai Branly de 1999 à 2004. Art précolombien Muséologie Photos CGB ©

Le musée du Quai Branly présenté par son Président sur Dailymotion http://www.dailymotion.com/video/x9rfjb_presentation-du-musee-du-quai-branl_creation Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.