Quelle est la philosophie de la salle d’archéologie comparée ? La volonté est d’aider le public à la comparaison par aire culturelle, avec  une présentation diachronique, c’est-à-dire qui tient compte des changements dans le temps. D’où cette mise en relation des grandes vitrines. Vous avancez dans la salle selon un axe grossièrement chronologique, en partant des origines de l’homme jusqu’au Moyen-Age, voire jusqu’aux époques contemporaines puisque certains matériels ethnographiques sont quasi contemporains des archéologues qui les ont collectés sur place, en Amérique notamment, au XIXe siècle. Et puis, transversalement, vous pouvez établir des comparaisons d’aire géographique à aire géographique. Par exemple, comparer ce qui se passe dans la vallée du Nil et sur le plateau iranien à la fin du Néolithique. De la même façon qu’il vous est possible de voir comment s’opère la transition Bronze - âge du Fer dans le bassin méditerranéen au sens large et aux confins mésopotamiens ou caucasiens.  Tout est mis en regard de manière à ce que chacun puisse s’interroger en constatant que telle culture a choisi telle solution technique, telle autre une solution radicalement différente qui donne la priorité à des marques culturelles…  Bref, des tas de questions peuvent surgir. Le matériel ethnographique est là comme une évocation en positif de ce que l’archéologue préhistorien trouve en négatif. C’est-à-dire qu’il ne faut évidemment pas tirer de conclusions hâtives sur le mode de vie des hommes préhistoriques à partir du mobilier inuit… Sur quoi portent les comparaisons ? Nous ne comparons pas pour créer une échelle de valeurs, mais pour essayer de comprendre — autant qu’on puisse le faire — des motivations techniques ou culturelles. Pour les premières, c’est assez facile parce qu’aujourd’hui nous savons mieux interroger la matière. C’est plus difficile pour les secondes. Comment comprendre, par exemple, que dans une aire géographique donnée, on a choisi telle solution, avec un matériau très proche, voire identique à celui utilisé dans une autre aire et qui, lui, est traité totalement différemment ? La raison est peut-être éminemment culturelle et non liée à la matière. Autre interrogation. Dans la création des vases de pierre, par exemple, certaines formes sont communes à des aires géographiques relativement distantes. Là se pose la question des contacts possibles.  Mais parfois, il y a dans des zones géographiques éloignées, de curieuses coïncidences, ce que nous appelons le phénomène de convergence. Il arrive, au contraire, qu’avec un même matériau, les vases de pierre aient des typologies radicalement différentes, alors que les méthodes pour les travailler ne peuvent pas tellement différer. Et cependant, le rendu est différent…  Quel regard portez-vous sur la vitrine des « Amériques » ? Son intérêt réside dans le fait qu’elle contient une forte proportion de mobiliers archéologiques qui provient plutôt d’Amérique du Nord, auxquels s’ajoute du matériel ethnographique de contexte méso-américain et sud-américain. Le visiteur peut ainsi découvrir une bonne part des productions du continent… La première étape de peuplement de l’Amérique y est particulièrement bien représentée à travers ces pointes lancéolées à cannelure — je fais référence aux pointes de Clovis et de Folsom — qui constituent,  à partir du XIIe millénaire, de véritables tours de force de technologie lithique.  Par ailleurs, l’horticulture et le processus de néolithisation – le fait de changer radicalement de mode de vie en se fixant à demeure dans un lieu bien précis – sont attestés dès le IXe millénaire, notamment sur la côte andine. Pour l’Amérique du Nord, je pense en particulier aux matériels qui proviennent des fameux « Mounds », des communautés des Grandes Plaines et du Sud-est américain, de la Floride et de l’Illinois. Nous avons là une belle collection que nous comptons mettre en valeur dans les années à venir… En attendant, la « pression » monte sur la partie américaine. En raison de la création de la chaire d’américanisme, les élèves de l’École du Louvre s’intéressent de plus en plus à nos objets. Certains ont, il est vrai, un fort intérêt, non seulement sur le plan culturel, mais historique. Pour les Amériques, c’est le cas des massues  tupinamba d’Amazonie brésilienne. Elles datent du XVIe siècle et comptaient parmi les matériels présents  dans les cabinets de curiosités royaux. Pour la petite histoire, nous devons leur sauvetage à Henri Hubert. C’est lui qui a contribué à les sauver au tout début du XXe siècle, en rapatriant les objets exotiques de l’ancien musée dit de Marine au Louvre, en collaboration avec le musée ethnographique du Trocadéro… Vous y présentez beaucoup de matériels du Pérou Effectivement, le Pérou est surreprésenté. C’est lié aux circonstances d’enrichissement des collections.  Mon intention — cela fait partie de mes priorités — est d’étudier plus avant cette collection péruvienne. D’en faire le récolement, de revoir les pièces une à une et d’envisager des campagnes de restauration si nécessaire. Sur le plan historique, c’est un pôle très intéressant pour notre établissement. De façon péjorative, il est souvent souligné que les peuples précolombiens appartenaient à des sociétés sans écriture. Qu’en pensez-vous ? Imaginez-vous que ces sociétés soient si abâtardies, si arriérées qu’elles ne puissent pas se passer d’apprentissage ?  Comment voulez-vous transmettre des connaissances aux générations suivantes, si vous n’avez pas de langage, ne serait-ce que symbolique, très élaboré. Ce qui était le cas pour Comparer, sans jugement de valeur Christine Lorre Conservateur du département d’archéologie comparée du Musée d’Archéologie Nationale (MAN) au château de Saint-Germain-en-Laye. Muséologie © CGB . Le château de Saint-Germain-en Laye. Musée des Antiquités Nationales     CGB L’accès à la salle d’Archéologie comparée La vitrine des Amériques.  Un  ensemble  d’ objets   préocolombiens d’Amérique du Nord, de Mésoamérique et d’Amérique du Sud .       CGB L’entrée du RER, face au Musée des Antiquités Nationales     CGB © © Art précolombien Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.