De quand datent les plus anciens textiles précolombiens ? Les toutes premières traces d’entrelacs datent de 8000 ans environ. Les archéologues les ont trouvées dans la grotte du Guitarreo au Pérou. C’est également dans ce pays qu’ont été découverts dans les années 1940, à Huaca Pietra, puis sur d’autres sites du Pérou les premiers textiles  décorés, formés d’une trame et d’une chaîne*. Il datent de la période dite archaïque, vers 2800-2500 avant notre ère..  L’aridité du désert côtier explique l’extraordinaire état de conservation des tissus péruviens. Est-ce à dire qu’aucun textile, aussi ancien, n’a été découvert en Mésoamérique ? C'est exact. L’humidité de ces régions explique que seuls aient été retrouvés de petits fragments textiles ou des empreintes de ceux-ci sur les sols ou les parois en stuc. Mais nous savons que le métier à ceinture existait, et nous pouvons disposer d’informations variées sur la production textile grâce aux représentations qui en sont faites en peinture et en sculpture. Les techniques étaient similaires à celles utilisées dans les Andes. De plus, à défaut de textiles, nous disposons d’informations ethno-historiques sur les pratiques mésoaméricaines, en particulier aztèques, au moment de la conquête espagnole. Revenons au Pérou. Les archéologues ont-ils retrouvé les tout premiers métiers à tisser ? Non, ils n’ont découvert que des fusaïoles et des restes de tissus qui attestent de l’emploi de ces métiers primitifs. Est-il audacieux d’imaginer que la fabrication de paniers faits de fibres entrelacées ou la production de filets de pêche a devancé la création du textile ? Absolument pas. Tous les spécialistes considèrent que le textile est né avec ces premiers tressages. Le métier à tisser, lui, apparaît au Pérou environ 1800 ans avant notre ère. À quand fait-on remonter l’invention des techniques de tissage au Pérou ? Sans doute avant la période chavín , hormis pour les décors par chaînes et trames interrompues extrêmement complexes à réaliser. À qui ces somptueux tissus étaient-ils destinés ? Le textile tient une place considérable dans les Andes. Ce matériau était considéré comme bien plus noble que la céramique ou les métaux que nous qualifions de précieux. C’est pourquoi nous pensons que ces tissus magnifiques retrouvés au sein des « fardos »**** dans les années 1920, par l’archéologue Julio C. Tello, sont des éléments de prestige qui accompagnaient des défunts de haut rang. Cependant, ces mêmes « fardos » contiennent aussi des vêtements miniatures… Effectivement, et cela pose question, car on les retrouve dans des sépultures d’adultes et en association avec des vêtements d’autres gabarits. Encore que de nos jours, dans les Andes, les Indiens continuent à fabriquer des petites pièces de tissus qui sont ensuite offertes dans le cadre de cérémonies. Maintenant, il est difficile de faire un parallèle entre les pratiques actuelles et celles d’il y a plus de 2000 ans. Ces pièces miniatures restent à être étudiées de manière plus systématique, pour en comprendre toute la symbolique et la portée. Est-il exact que le tissu a influencé tous les autres arts au Pérou ? Dans les Andes, cette primauté du textile est effective dès les époques les plus anciennes. Nous voyons sur les céramiques et la décoration architecturale - par nature deux supports très libres -, des motifs géométriques qui reproduisent à l’identique ceux des textiles qui, eux, sont contraints par les orientations des chaînes et des trames. Manifestement, les artistes ont fait le choix de les représenter ainsi. Ce qui confirme l’importance du textile que nous soulignions précédemment. Et les tissus peints ? Ils ont été peu étudiés, parce que leurs techniques de réalisation sont beaucoup moins sophistiquées. Les tissus, comme les dessins, sont en général assez frustres. L’on y voit, souvent, de petits personnages peints rapidement. Maintenant, ces tissus constituent à l’évidence un champ d’investigation pour les chercheurs. L’étude des peintures et des décors, et leur comparaison avec les décors tissés, doivent permettre de nous faire avancer dans la connaissance des textiles andins. Dans un récent article****, Dimitri Karadimas  du Laboratoire d’Anthropologie Sociale se réfère à deux tissus peints, l’un de culture huari, l’autre de culture chancay, dont il relie Autour de l’exposition Paracas Trésors inédits du Pérou ancien, au musée du quai Branly Les plus anciens tissus  des Andes     Paz Núñez Regueiro Conservateur du patrimoine et responsable     de collections Amériques au musée du quai Branly. Muséologie Affiche de l’exposition  Paracas  Trésors inédits  du Pérou  ancien  au musée du Quai Branly. 2008.  ©  Photothèque A. d’Orval Tissu peint.   ©   Art précolombien Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.