43. Trois jours pour déchiffrer    les glyphes mayas Fin novembre 2008. C’est annoncé sur le site du Musée du Quai Branly. Pour sa XIIIe édition, l’Association européenne des Mayanistes (WAYEB) organise à Paris des ateliers d’épigraphie, dont un d’initiation - en français - au déchiffrement des hiéroglyphes mayas. Le dit atelier s‘adresse « à tous ceux qui ne connaissent rien ou presque » à cette écriture. Il est précisé que les participants seront « divisés en petits groupes et guidés pas à pas par des tuteurs ». Et qu’il seront capables, après trois jours, « de comprendre la structure basique d’un texte, de déchiffrer l’information calendaire, de reconstruire la chronologie, de reconnaître les verbes et phrases nominales ». Je m’inscris !                              Contre-vérité Musée du Quai Branly. Mardi 2 décembre. 9 h 15. Un badge et deux manuels* nous sont remis à l’accueil des ateliers. Quatre tuteurs** nous attendent dans l’unique salle ouverte aux « Beginners » de langue française. Je compte  28 participants répartis par table (carrée). La mienne réunit une étudiante, un commerçant, une spécialiste du marketing, un guide de musée… et un jeune retraité. Court résumé de ces « trois jours ». D’abord, seule la période « maya classique » —  de 250 à 1000 après Jésus Christ —  fait l’objet de l’atelier. Car c’est la plus prolifique en glyphes. À l’époque, les Mayas occupaient pour partie le Mexique actuel, l’intégralité du Belize et du Guatemala et une part du Honduras et du Salvador. À la variété des paysages  —  du nord au sud : un haut plateau aride, puis une jungle épaisse, suivie de hautes terres volcaniques — correspond une faune variée largement présente sur les glyphes : jaguar, singe, tortue, serpent, chauve-souris, coati, kinkajou, pécari, tatou, mille-pattes, araignée… La flore y est aussi sculptée, à l’exemple du ceiba, « l’arbre sacré des Mayas ». Reste à tordre le cou  et tous les tuteurs s’y emploient  à la plus récurrente des contre-vérités : les Mayas n’ont pas disparu. Certes, ils ont abandonné ces grandes cités qu’étaient Tikal et Calakmul, mais ils se sont perpétués et, avec eux, ont perduré des pratiques religieuses encore décelables aujourd’hui. Les langues mayas parlées actuellement conservent aussi ces traces précolombiennes. Deux d’entre elles, le Yucatèque et le Ch’ol, sont des cousines éloignées du maya classique. Comme l’est le français d’aujourd’hui comparé au latin. Grâce au Yucatèque et au Ch’ol, les linguistes sont parvenus à déchiffrer le maya classique à près de 90 %. Pour les mayanistes, le problème n’est donc plus de lire les glyphes, mais bien plutôt de les analyser sur le plan grammatical.   Clés pour comprendre Retour à l’atelier. Le dessin d’un monument couvert de glyphes nous est remis. Il représente la face avant de la stèle nº 3 de Piedras Negras (Guatemala). À voir ces blocs carrés à bouts arrondis et ces espèces de spaghetti, je doute de percer leur mystère avant la fin de l’atelier ! Mais voilà vite une première clé : les glyphes mayas se lisent de gauche à droite et de haut en bas. Par double colonne. Deuxième clé : un glyphe est composé de différents signes, dont un principal (celui qui occupe la plus grande partie du glyphe) et des signes secondaires accrochés à ce dernier. À chaque glyphe correspond un ordre de lecture. En général, on lit d’abord ce qui est devant et dessus. Puis, l’on passe au glyphe principal et, ensuite, au signe qui est en dessous de ce dernier ou à sa droite. Troisième clé : il existe deux types de glyphe. Les logogrammes et les phonogrammes. Les premiers représentent des mots. Une centaine de signes reviennent fréquemment. Par exemple, le dessin d’une tête de jaguar signifie… jaguar. Facile à retenir. Les seconds représentent des sons, des syllabes. Plus coriace ! Mais un des manuels remis à l’entrée reproduit dans un « syllabaire » tous ces signes phonétiques, sur quatre pages (aérées). Je veux bien croire, comme on nous le dit, qu’avec un peu d’habitude tous ces graphismes sont vite assimilés. Reste que les scribes n’en faisaient qu’à leur tête (d’artiste). Soucieux d’esthétisme, ils choisissaient aussi bien d’utiliser un logogramme que des syllabes pour exprimer tel ou tel mot.  Quatrième clé. A l’exception du zéro (en forme de fleur ou de coquillage), les chiffres s’écrivent à l’aide de points et de barres. Le chiffre un est représenté par un point. Le chiffre deux par deux points. Trois par trois points. Quatre par quatre points. Une barre vaut cinq unités. Sept, par exemple, s’écrit avec une barre et deux points. Dix-huit, avec trois barres et trois points. Cinquième clé. Fort de cet astucieux système en base 20***  les Mayas comptaient en millions et milliards. Habitués des grands nombres, ils fixaient au 11 août 3114 avant J.-C (selon les correspondances établies avec nos propres calendriers) le début du cycle dans lequel ils pensaient vivre****. Cycle de plus de 5000 ans qui s’achèvera, toujours selon nos correspondances et leurs croyances, le 21 décembre 2012. Sixième clé. Pour écrire une date, par exemple l’équivalent maya du 7 juillet 674, le scribe recourait au « compte long ». Cinq glyphes de puissance numériquedécroissante devant chacun desquels il fixait un coefficient multiplicateur exprimé par des points et des barres. Soit pour 674  : 9 Bak’tuns, 12 K’atuns, 2 Tuns, 0 Winal et 16 K’in. Pour comprendre, il faut savoir qu’un k’in correspond à un jour. Un Winal à 20 k’in (20 jours), un Tun à 18 Winal (360 jours), un K’atun à 20 Tuns (7 200 jours) et un Bak’tun à 20 K’atuns (144 000 jours). Il suffit de convertir le total - qui exprime le nombre de jours écoulés depuis le début du cycle (soit 1383136) - en nombre d’années (3788), puis d’y retirer 3114 (voir cinquième clé) pour déterminer l’année maya correspondant à notre calendrier. Reste à affiner les calculs pour déterminer qu’il s’agit précisément du 7 juillet. Attention cependant : les scribes mayas avaient horreur du vide et remplissaient les espaces vacants autour des points par de petites parenthèses décoratives qui trompent le débutant. Et puis ...   Les chiffres mayas.   En haut à gauche  :  le zéro.   Suivent les  chiffres  (en rouge) : 1, 2, 3, 4 et 5.   Le chiffre 6  s’écrit avec un point qui surplombe une barre (= 5).   19   avec  4 points au-dessus de 3 barres L’abécédaire de Diego de Landa, publié dans sa “Relation des choses du Yucatan” a longtemps déconterté les mayanistes. Jusqu’aux travaux du linguiste russe Knorosov qui a fait la preuve, en 1952, qu’il s’agissait en fait d’un syllabaire