Où en est-on du déchiffrement des glyphes mayas ? Quelles certitudes avez-vous désormais ? Il est clairement établi que l'écriture maya reflète la pensée et transcrit réellement de la parole. Ce n'est pas seulement un système de pictogrammes. Elle associe des logogrammes (ndlr : le scribe dessine, par exemple, une tête de jaguar pour signifier le mot jaguar) et des phonogrammes, des signes qui représentent des syllabes ou des sons. Et puis, cette écriture possède une grammaire. La difficulté majeure réside dans le fait que les glyphes ne transcrivent qu'une partie de la parole. Les adverbes, prépositions, particules grammaticales - tout ce qu'on appelle les " petits mots " - ne sont annotés que de temps en temps. Ou alors ce sont, dans 90 % des cas, toujours un peu les mêmes. À considérer cette disproportion, il est certain que ce système logo-syllabique n'exprime pas tout le raffinement de la langue parlée. Comment l'explique-t-on ? Il y a manifestement la volonté d'être hermétique, abscons pour qui n'est pas initié. Les textes sont destinés à une élite, à ceux qui savent. Il est certain que les scribes, avec tout leur art de la variation, ont dû en jouer et surenchérir. Cela explique que les inscriptions en glyphes comme, plus tard, les manuscrits - tels les livres de Chilám Balám rédigés après la Conquête en caractères latins - ne sont pas particulièrement transparents… Est-ce le cas pour tous les textes mayas ?   C'est vrai pour ceux qui nous sont parvenus. C'est essentiellement du discours rituel à la troisième personne. Le " je " est exceptionnel sur les monuments. Nous n'en avons qu'un exemple dans le rapport de soumission d'un personnage à un haut dignitaire : " Je suis ton homme ". Même s'ils se " lâchent " davantage sur la céramique, les Mayas ne font pas de confidences intimes par écrit. La vie quotidienne est absente de leur discours. Comme l'a souligné Claude-François Baudez  (lire son interview), il n'y a pas de lettres d'amour, pas de traités de philosophie, pas de romans, pas de recettes de cuisine. Le scribe reporte essentiellement par écrit des paroles sacrées. A qui s'adressent les glyphes ? Les glyphes sont au service du pouvoir. La classe dirigeante s'en sert pour affirmer sa puissance, écrire les hauts faits de la dynastie pour la postérité. Quand les glyphes sont de grandes dimensions et  s'imposent visuellement sur les stèles - hautes parfois de onze mètres, comme à Quirigua - ou sur les frontons des temples, on ne peut douter qu'ils visent aussi à impressionner tout étranger qui s'en approche. Même s'ils sont, pour lui, totalement incompréhensibles. Qu'est-ce qui caractérise encore cette écriture ? Le maintien dans la durée du figuratif. En général, les écritures commencent par un stade pictographique. Après quelques siècles, l'écrit s'éloigne de l'image. En Mésopotamie, par exemple, les signes représentent initialement des petites têtes, des mains, des artefacts et deviennent du cunéiforme. Rien de tel chez les Mayas. Entre les premiers écrits qui datent du préclassique récent et le codex de Madrid - soit à deux mille ans d'intervalle - le caractère figuratif ne varie pas. Les hiéroglyphes demeurent. Nous ne connaissons pas de version cursive d'écriture maya. Nous n'avons pas d'hiératique, ni de démotique. Du moins, nous n'en avons pas retrouvé d'exemples. Il n'y a tellement rien dans ce domaine qu'on est tenté de penser que cela n'a jamais existé. Même sur les graffitis ? Justement. D'ordinaire, les graffitis témoignent d'une certaine démocratisation de l'écriture. Nous pouvions donc nous attendre à retrouver des graffitis qui montrent une forme cursive de glyphes, avec une diminution au fil du temps du côté figuratif. Or, pas du tout. Tous représentent des copies maladroites de modèles académiques ou des éléments visuels que l'on trouve reproduits sur les stèles. L'image est importante… Elle est essentielle. Il y a une iconocité du signe qui reste primordiale du début de l'écriture jusqu'à la Conquête. Un peu comme dans les hiéroglyphes égyptiens. Je ne parle pas du hiératique ou du démotique, mais des hiéroglyphes en contexte religieux. Portraits gravés et glyphes devaient servir d'aide-mémoire, d'aide visuelle pour amplifier le discours oral. Cela me paraît tout à fait clair à propos des codex. Il s'agit d'almanachs divinatoires. Or les présages y sont notés dans un style télégraphique, par quatre ou six glyphes. C'est court. Pour une date donnée, le devin pouvait lire, par exemple “ le chaak est en direction de l'est ” ou le " chaak noir se trouve à l'ouest ". On peut imaginer que les gens qui venaient le consulter attendaient davantage. Le devin devait interpréter, broder autour de ces quelques glyphes. A propos des almanachs divinatoires, j'imagine qu'on vous interroge beaucoup en ce moment sur les prophéties apocalyptiques liées à la fin du cycle maya, le 21 décembre 2012… Absolument, et je suis ravi qu'un confrère ait produit sur ce sujet un excellent travail de synthèse. Je les renvoie à son ouvrage, intitulé  " 2012. Science and Prophecy of the Ancient Maya ". Une petite introduction est disponible sur www.famsi.org (puis resources et 2012 phenomenon). J'invite également celles et ceux qui s'intéressent aux codex mayas à naviguer sur ce même site.  En allant sur  http://www.famsi.org/cgi-bin/htsearch?method=and&words=2012      Les glyphes mayas et leur déchiffrement Jean-Michel Hoppan Ingénieur d'études au Centre d'Etudes des Langues Indigènes d'Amérique  du Laboratoire SeDyl (Unité Mixte de Recherche 8202). Chargé de l'archivage des sources anciennes en langue amérindienne. Art précolombien Mésoamérique Trois jours pour déchiffrer les glyphes mayas Les glyphes sont au service  du pouvoir. La classe dirigeante  s'en sert pour affirmer  sa puissance, écrire  les hauts faits de la dynastie  pour la postérité Stèle E. Quiriqua (Guatemala) © Claude Joulin Stèle P. Copan (Honduras) © Claude Joulin Le témoignage d’un débutant qui a participé à l’atelier d’épigraphie “Initiation au déchiffrement des glyphes mayas” organisé par l’Association européenne des mayanistes (Wayeb) les 2, 3 et 4 décembre 2008, au musée du Quai Branly à Paris Extrait de : “Art Précolombien. Un passionné nous ouvre son journal” Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.