Votre thèse s’intitule « L’expansion mexica (1430 – 1530 apr. J.-C) La question du contrôle impérial dans les provinces extérieures de l’Empire ».  Pouvez-vous, dans un premier temps, nous rappeler quelle est la genèse de cette expansion ? Après avoir, en l’espace de deux ans (1428-1430 apr. J.-C), affirmé leur autorité dans la vallée de Mexico, les souverains de Tenochtitlan*, Texcoco et Tlacopan (trois cités importantes de cette même vallée) s’allient en vue de renforcer leur puissance. Sous l’égide de cette « Triple Alliance », ils mènent ensemble de nombreuses campagnes militaires qui leur assurent le contrôle de la totalité de la Vallée de Mexico, puis leur permettent d’étendre leur domination sur une large part des territoires du Mexique central. Cette expansion aboutit à la formation de l’Empire mexica, autrement connu sous le nom d’Empire aztèque. Qu’est-ce qui la motivait ? L’intérêt majeur de l’expansion résidait dans l’acquisition d’un tribut. Composé en général** de denrées alimentaires (maïs, haricots rouges…), de tissus, d’uniformes militaires, d’objets exotiques et de luxe. Il permettait à la fois aux Aztèques de compléter leurs ressources en nourriture et d’assurer la richesse et la puissance des souverains et de l’élite. Jusqu’où sont-ils allés ? En 1520, à l’arrivée des Espagnols, les limites de l’Empire se situaient dans un rayon pouvant atteindre trois cents kilomètres, voire une distance de plus de huit cents kilomètres vers le sud, dans l’actuel Etat du Soconusco. Les territoires conquis étaient immenses, morcelés, très divers quant aux populations soumises et à l’aspect géographique. Si l’on ajoute que les rébellions des cités soumises étaient fréquentes, plus encore pour certaines, très éloignées de Tenochtitlan  et mitoyennes de territoires ennemis (tarasques, tlaxcaltèques, huexotzincas…), l’on mesure à quelles difficultés le pouvoir impérial était susceptible d’être confronté. Le maintien de la cohésion de leur Empire était donc extrêmement complexe, d’autant plus dans ce contexte d’expansion perpétuelle. Alors justement, votre thèse porte sur la question du contrôle impérial exercé à distance... Précisons d’abord que l’Empire aztèque n’était pas un Empire territorial (avec contrôle direct des territoires) mais un Empire de type hégémonique (avec contrôle indirect des territoires). Je veux dire par là que les Aztèques n’imposaient ni leur culture, ni leur croyance aux populations soumises. Dans cette mesure, assurer le contrôle des provinces extérieures, séparées de la Vallée de Mexico par des jours de marche, s’avérait difficile. On a d’ailleurs longtemps pensé que les Aztèques n’avaient pas su assurer ce contrôle, et qu’ils y maintenaient seulement une vague autorité grâce à leur bonne entente avec les élites locales. Toutefois, l’on sait que la coopération avec ces élites étaient moins opérantes avec les distances… Mais alors, les Aztèques contrôlaient-ils ou non leur Empire ? C’est précisément la problématique de ma thèse : Dans quelle mesure et par quels moyens concrets les Aztèques maintinrent-ils la cohésion de leur Empire ? Quelles furent les tactiques et les dispositifs adoptés ? Par exemple, on sait grâce aux documents historiques (récits des chroniqueurs espagnols, codex)  que  des  gouverneurs civils et/ou militaires et des collecteurs de tribut L’expansion militaire aztèque et la question du   contrôle de l’Empire mexica Maëlle Sergheraert Docteur en archéologie. Panthéon-Sorbonne. Université Paris I Mésoamérique De jeunes archéologues témoignent… étaient délégués dans certaines cités. Lesquelles ? Pourquoi ? Ces représen- tants résidaient-ils à demeure ? Effectuaient-ils des tournées ? Quels étaient leurs fonctions et leur degré d’interférence dans les affaires locales ? Autant de questions concernant la mise en place effective des stratégies imaginées par la Triple Alliance, que je me suis proposée d’élucider dans ma thèse...             Extension maximale de l’empire mexica en 1520 après  J.-C. Scène  de bataille figurant la conquête de l’altepelt d’Ycpatepec  en 1511 Codex Tellerioano-Remensis folio 42v.  Le  guerrier de l’Ycapetepec jette des pierres pour se protéger de l’ennemi qui monte à l’échelle de bois Scène de bataille figurant la conquête de l’altepetl de Cuetlaxtlan en 1475 - Codex Telleriano-Remensis folio 37r Le guerrier  de  Cuetlaxtlan se trouve sur la colline  où sont  représentées deux lanières de cuir rouge symbolisant son altepelt.  Cuelaxtlan  signifie “le lieu du cuir”. Il fait face au guerrier de Tenochtitlan (relié au glyphe to- ponymique de cette cité : la pierre surmontée par un figuier de barbarie)         Les provinces de l’Empire mexica (d’après Aztec Imperial Strategies. Francès Berdan et Alii, 1996) Art précolombien Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.