Pachacamac et la culture Ychsma Luisa Diaz Arriola Docteur en anthropologie, ethnologie et préhistoire. Université Panthéon-Sorbonne Paris I Amérique du Sud   Le site de Pachacamac est situé en bordure de l’Océan Pacifique, à une trentaine de kilomètres au sud de Lima, près de l’embouchure du fleuve Lurín. Avant que les Incas ne s’en emparent, le site était déjà réputé dans les Andes. C’était tout à la fois un lieu de culte et d’oracle. Que sait-on à ce propos ? Les Incas ont rebaptisé, sous le nom de Pachacamac, un centre cérémoniel au nom jusque là de la divinité principale de la Côte centrale : Ychsma. Les voisins y venaient avec des offrandes pour participer aux cérémonies à la gloire du « Créateur du monde », mais aussi pour y consulter l’oracle. La  conquête des lieux par Topa Inca Yupanqui changea le prestige du site. Les Incas ménagèrent les autorités locales en édifiant, dans l’enceinte sacrée, un temple dédié à leur dieu, le Soleil, sur le promontoire, le plus haut du site, en permettant la permanence du Temple Peint de l’oracle. Selon Peter Eeckhout, le culte de Pachacamac était célébré, au sein de cette même enceinte sacrée, dans le « Temple peint ». C’est d’ailleurs dans ses décombres qu’on a retrouvé l’idole – un poteau de bois sculpté - qui représentait la divinité. Peterr Eeckout qui a fouillé l’un des cimetières de Pachacamac y a découvert une proportion anormale d’individus atteints de maladies graves (cancer, tuberculose, syphilis). Il en déduit, comme le rapporte les chroniqueurs, que le prestige du dieu était en relation avec ses capacités curatives. De quand date cette vénération pour le dieu Pachacamac ? Les origines de sa vénération en tant que dieu guérisseur datent peut-être de l’Horizon moyen (550 à 900 apr. J.-C), époque à laquelle l’importance du site est reconnue, sinon plus tôt, pendant l’Intermédiaire ancien (0 à 550 apr. J.-C.). D’autres auteurs, tel Luis Lumbreras, pensent que c’est l’empire Wari qui lança le prestige du centre cérémonial de Pachacamac, prestige qui fut maintenu dans les périodes postérieures. Pachacamac ne manque pas de surprendre par ses dimensions. L’espace intérieur était délimité par des enceintes au sein desquelles les archéologues continuent de fouiller temples, pyramides et cimetières. De fait, s’agit-il d’un centre religieux ou bien d’une ville ? Vous avez raison de souligner que le site est de grande dimension puisqu’il recouvre près de 300 hectares. Mais, pour l’heure, nous ne disposons pas encore des indicateurs archéologiques qui nous permettent de confirmer que Pachacamac était bien une ville.  Pour cela, il nous reste à identifier les ateliers de production et les zones de résidence qui n’appartenaient pas à l’élite. En revanche, nous savons, toujours par les sources ethnohistoriques, que dans cette « capitale de la seigneurie » étaient exercées des activités religieuses, politiques et administratives. Cependant, il est important de signaler que le site était divisé en deux secteurs, l’un religieux, l’autre séculaire. Ce qui pourrait être l’indice d’une ville. C’est de là qu’étaient administrés les bassins inférieurs des vallées Rimac et Lurín, ainsi que les zones désertiques localisées plus au sud. Pendant la conquête inca, Pachacamac fut incorporé de manière plus étroite au réseau des chemins du Qapaq Ñan, et, grâce à son importance géopolitique, devint la capitale de la Province inca sur la côte centrale. Vous parlez de « seigneurie », qui étaient ces seigneurs ? Certains chercheurs estiment qu’il pourrait s’agir d’une élite de marchands qui contrôlaient la production et la force de travail régionales. Le fait est que Pachacamac se situe près de la plus grande partie cultivable de la vallée de Lurin. Maintenant, pratiquaient-ils, en plus de la pêche, de nombreux échanges à travers un commerce maritime de longue distance ? Le site est à proximité de la mer, mais la houle y est forte et moins propice aux débarquements de radeaux qu’Armatambo, construit dans une crique de pêcheurs. Votre thèse s’intitule  « Le territoire Ychsma et ses différences culturelles pendant l’intermédiaire récent sur la côte centrale péruvienne ». Elle éclaire d’un jour nouveau cette période méconnue de l’histoire de la Côte centrale. Expliquez-nous… L’ethnohistoire   met   spécialement   en  lumière  le caractère  religieux de  la  capitale   Pachacamac   à   l’époque  inca.   Cette vision fut  projetée vers   la période antérieure, l’Intermédiaire récent (900-1476 apr. J.-C.), à partir  de  la supposition que  le prestige du dieu et de la “seigneurie” y était  similaire.  Ce   qui    a    conduit    dans    un    premier  temps  à   conclure  que  la    capitale Ychsma  devait  avoir  le  même  pouvoir  et  la  même  importance  religieuse qu’à  l’époque  Inca  et  que  le  site devait jouir d’un grand prestige extrarégio- nal,  même  si  les  preuves archéologiques  à  Pachacamac, et  dans d’autres   sites,   montrent  au  contraire une intégration locale. Il  nous  faut  revoir  l’im-  portance  des  données  ethnographiques  au  profit  des  données  archéolo- De jeunes archéologues témoignent Plan de Pachacamac. Voir agrandissement en dernière page... Idole de Pachacamac (partie supérieure)  L’Acclahuasi de Pachacamac © © Luisa Diaz Arriola Plan large sur l’Acclahuasi de Pachacamac © Luisa Diaz Arriola La pyramide à rampe (PAR) n°1 de Pachacamac © Luisa Diaz Arriola Le Temple Peint de Pachacamac. Vue du nord vers le sud © Luisa Diaz Arriola  La pyramide à rampe (PAR) n° 2 © Centro de Estudios internacional de Arqueo-agronimia (CEIA) / dossier Unesco du site archéologique Art précolombien Interviewes des chercheurs, abécédaire llustré, expos, meilleurs sites web, découvertes et rencontres extraordinaires.